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Il Testo dell'Opera
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Testo in Francese>
>>Testo in FranceseComédie représentée pour la première fois à Paris sur le théâtre du Palais-Royal le 9 septembre 1668 par la Troupe du Roi.
ACTEURS
HARPAGON, père de Cléante et d'Élise, et amoureux de Mariane.
CLÉANTE, fils d'Harpagon, amant de Mariane.
ÉLISE, fille d'Harpagon, amante de Valère.
VALÈRE, fils d'Anselme, et amant d'Élise.
MARIANE, amante de Cléante, et aimée d'Harpagon.
ANSELME, père de Valère et de Mariane.
FROSINE, femme d'intrigue.
MAITRE SIMON, courtier.
MAITRE JACQUES, cuisinier et cocher d'Harpagon.
LA FLÈCHE, valet de Cléante.
DAME CLAUDE, servante d'Harpagon.
BRINDAVOINE, LA MERLUCHE, laquais d'Harpagon.
LE COMMISSAIRE ET SON CLERC.
La scène est à Paris.
ACTE I, Scène première
Scène II
CLÉANTE, ÉLISE.
CLÉANTE: Je suis bien aise de vous trouver seule, ma sœur; et je brûlais de vous parler, pour m'ouvrir à vous d'un secret.
ÉLISE: Me voilà prête à vous ouïr, mon frère. Qu'avez-vous à me dire?
CLÉANTE: Bien des choses, ma sœur, enveloppées dans un mot: j'aime.
ÉLISE: Vous aimez?
CLÉANTE: Oui, j'aime. Mais avant que d'aller plus loin, je sais que je dépends d'un père, et que le nom de fils me soumet à ses volontés; que nous ne devons point engager notre foi sans le consentement de ceux dont nous tenons le jour; que le Ciel les a faits les maîtres de nos vœux, et qu'il nous est enjoint de n'en disposer que par leur conduite; que n'étant prévenus d'aucune folle ardeur, ils sont en état de se tromper bien moins que nous, et de voir beaucoup mieux ce qui nous est propre; qu'il en faut plutôt croire les lumières de leur prudence que l'aveuglement de notre passion; et que l'emportement de la jeunesse nous entraîne le plus souvent dans des précipices fâcheux. Je vous dis tout cela, ma sœur, afin que vous ne vous donniez pas la peine de me le dire; car enfin mon amour ne veut rien écouter, et je vous prie de ne me point faire de remontrances.
ÉLISE: Vous êtes-vous engagé, mon frère, avec celle que vous aimez?
CLÉANTE: Non, mais j'y suis résolu; et je vous conjure encore une fois de ne me point apporter de raisons pour m'en dissuader.
ÉLISE: Suis-je, mon frère, une si étrange personne?
CLÉANTE: Non, ma sœur; mais vous n'aimez pas: vous ignorez la douce violence qu'un tendre amour fait sur nos cours; et j'appréhende votre sagesse.
ÉLISE: Hélas! mon frère, ne parlons point de ma sagesse. Il n'est personne qui n'en manque, du moins une fois en sa vie; et si je vous ouvre mon cœur, peut-être serai-je à vos yeux bien moins sage que vous.
CLÉANTE: Ah! plût au Ciel que votre âme, comme la mienne.
ÉLISE: Finissons auparavant votre affaire, et me dites qui est celle que vous aimez.
CLÉANTE: Une jeune personne qui loge depuis peu en ces quartiers, et qui semble être faite pour donner de l'amour à tous ceux qui la voient. La nature, ma sœur, n'a rien formé de plus aimable; et je me sentis transporté dès le moment que je la vis. Elle se nomme Mariane, et vit sous la conduite d'une bonne femme de mère, qui est presque toujours malade, et pour qui cette aimable fille a des sentiments d'amitié qui ne sont pas imaginables. Elle la sert, la plaint, et la console avec une tendresse qui vous toucherait l'âme. Elle se prend d'un air le plus charmant du monde aux choses qu'elle fait, et l'on voit briller mille grâces en toutes ses actions: une douceur pleine d'attraits, une bonté toute engageante, une honnêteté adorable, une. Ah! ma sœur, je voudrais que vous l'eussiez vue.
ÉLISE: J'en vois beaucoup, mon frère, dans les choses que vous me dites; et pour comprendre ce qu'elle est, il me suffit que vous l'aimez.
CLÉANTE: J'ai découvert sous main qu'elles ne sont pas fort accommodées, et que leur discrète conduite a de la peine à étendre à tous leurs besoins le peu de bien qu'elles peuvent avoir. Figurez-vous, ma sœur, quelle joie ce peut être que de relever la fortune d'une personne que l'on aime; que de donner adroitement quelques petits secours aux modestes nécessités d'une vertueuse famille; et concevez quel déplaisir ce m'est de voir que, par l'avarice d'un père, je sois dans l'impuissance de goûter cette joie, et de faire éclater à cette belle aucun témoignage de mon amour.
ÉLISE: Oui, je conçois assez, mon frère, quel doit être votre chagrin.
CLÉANTE: Ah! ma sœur, il est plus grand qu'on ne peut croire. Car enfin peut-on rien voir de plus cruel que cette rigoureuse épargne qu'on exerce sur nous, que cette sécheresse étrange où l'on nous fait languir? Et que nous servira d'avoir du bien s'il ne nous vient que dans le temps que nous ne serons plus dans le bel âge d'en jouir, et si pour m'entretenir même, il faut que maintenant je m'engage de tous côtés, si je suis réduit avec vous à chercher tous les jours le secours des marchands, pour avoir moyen de porter des habits raisonnables? Enfin j'ai voulu vous parler, pour m'aider à sonder mon père sur les sentiments où je suis; et si je l'y trouve contraire, j'ai résolu d'aller en d'autres lieux, avec cette aimable personne, jouir de la fortune que le Ciel voudra nous offrir. Je fais chercher partout pour ce dessein de l'argent à emprunter; et si vos affaires, ma sœur, sont semblables aux miennes, et qu'il faille que notre père s'oppose à nos désirs, nous le quitterons là tous deux et nous affranchirons de cette tyrannie où nous tient depuis si longtemps son avarice insupportable.
ÉLISE: Il est bien vrai que, tous les jours, il nous donne de plus en plus sujet de regretter la mort de notre mère, et que...
CLÉANTE: J'entends sa voix. Éloignons-nous un peu, pour achever notre confidence; et nous joindrons après nos forces pour venir attaquer la dureté de son humeur.
Scène III
HARPAGON, LA FLÈCHE.
HARPAGON: Hors d'ici tout à l'heure, et qu'on ne réplique pas. Allons, que l'on détale de chez moi, maître juré filou, vrai gibier de potence.
LA FLÈCHE: Je n'ai jamais rien vu de si méchant que ce maudit vieillard, et je pense, sauf correction, qu'il a le diable au corps.
HARPAGON: Tu murmures entre tes dents.
LA FLÈCHE: Pourquoi me chassez-vous?
HARPAGON: C'est bien à toi, pendard, à me demander des raisons: sors vite, que je ne t'assomme.
LA FLÈCHE: Qu'est-ce que je vous ai fait?
HARPAGON: Tu m'as fait que je veux que tu sortes.
LA FLÈCHE: Mon maître, votre fils, m'a donné ordre de l'attendre.
HARPAGON: Va-t'en l'attendre dans la rue, et ne sois point dans ma maison planté tout droit comme un piquet, à observer ce qui se passe, et faire ton profit de tout. Je ne veux point avoir sans cesse devant moi un espion de mes affaires, un traître, dont les yeux maudits assiégent toutes mes actions, dévorent ce que je possède, et furettent de tous côtés pour voir s'il n'y a rien à voler.
LA FLÈCHE: Comment diantre voulez-vous qu'on fasse pour vous voler? Êtes-vous un homme volable, quand vous renfermez toutes choses, et faites sentinelle jour et nuit?
HARPAGON: Je veux renfermer ce que bon me semble, et faire sentinelle comme il me plaît. Ne voilà pas de mes mouchards, qui prennent garde à ce qu'on fait? Je tremble qu'il n'ait soupçonné quelque chose de mon argent. Ne serais-tu point homme à aller faire courir le bruit que j'ai chez moi de l'argent caché?
LA FLÈCHE: Vous avez de l'argent caché?
HARPAGON: Non, coquin, je ne dis pas cela. (à part.) J'enrage. Je demande si malicieusement tu n'irais point faire courir le bruit que j'en ai.
LA FLÈCHE: Hé! que nous importe que vous en ayez ou que vous n'en ayez pas, si c'est pour nous la même chose?
HARPAGON: Tu fais le raisonneur. Je te baillerai de ce raisonnement-ci par les oreilles. (Il lève la main pour lui donner un soufflet.) Sors d'ici, encore une fois.
LA FLÈCHE: Hé bien! je sors.
HARPAGON: Attends. Ne m'emportes-tu rien?
LA FLÈCHE: Que vous emporterais-je?
HARPAGON: Viens çà, que je voie. Montre-moi tes mains.
LA FLÈCHE: Les voilà.
HARPAGON: Les autres.
LA FLÈCHE: Les autres?
HARPAGON: Oui.
LA FLÈCHE: Les voilà.
HARPAGON: N'as-tu rien mis ici dedans?
LA FLÈCHE: Voyez vous-même.
HARPAGON. Il tâte le bas de ses chausses: Ces grands hauts-de-chausses sont propres à devenir les recéleurs des choses qu'on dérobe; et je voudrais qu'on en eût fait pendre quelqu'un.
LA FLÈCHE: Ah! qu'un homme comme cela mériterait bien ce qu'il craint! et que j'aurais de joie à le voler!
HARPAGON: Euh?
LA FLÈCHE: Quoi?
HARPAGON: Qu'est-ce que tu parles de voler?
LA FLÈCHE: Je dis que vous fouilliez bien partout, pour voir si je vous ai volé.
HARPAGON: C'est ce que je veux faire.
Il fouille dans les poches de LA FLÈCHE.
LA FLÈCHE: La peste soit de l'avarice et des avaricieux!
HARPAGON: Comment? que dis-tu?
LA FLÈCHE: Ce que je dis?
HARPAGON: Oui: qu'est-ce que tu dis d'avarice et d'avaricieux?
LA FLÈCHE: Je dis que la peste soit de l'avarice et des avaricieux.
HARPAGON: De qui veux-tu parler?
LA FLÈCHE: Des avaricieux.
HARPAGON: Et qui sont-ils ces avaricieux?
LA FLÈCHE: Des vilains et des ladres.
HARPAGON: Mais qui est-ce que tu entends par là?
LA FLÈCHE: De quoi vous mettez-vous en peine?
HARPAGON: Je me mets en peine de ce qu'il faut.
LA FLÈCHE: Est-ce que vous croyez que je veux parler de vous?
HARPAGON: Je crois ce que je crois; mais je veux que tu me dises à qui tu parles quand tu dis cela.
LA FLÈCHE: Je parle. Je parle à mon bonnet.
HARPAGON: Et moi, je pourrais bien parler à ta barrette.
LA FLÈCHE: M'empêcherez-vous de maudire les avaricieux?
HARPAGON: Non; mais je t'empêcherai de jaser, et d'être insolent. Tais-toi.
LA FLÈCHE: Je ne nomme personne.
HARPAGON: Je te rosserai, si tu parles.
LA FLÈCHE: Qui se sent morveux, qu'il se mouche.
HARPAGON: Te tairas-tu?
LA FLÈCHE: Oui, malgré moi.
HARPAGON: Ha, ha!
LA FLÈCHE, lui montrant une des poches de son justaucorps: Tenez, voilà encore une poche: êtes-vous satisfait?
HARPAGON: Allons, rends-le-moi sans te fouiller.
LA FLÈCHE: Quoi?
HARPAGON: Ce que tu m'as pris.
LA FLÈCHE: Je ne vous ai rien pris du tout.
HARPAGON: Assurément?
LA FLÈCHE: Assurément.
HARPAGON: Adieu: va-t'en à tous les diables.
LA FLÈCHE: Me voilà fort bien congédié.
HARPAGON: Je te le mets sur ta conscience, au moins. Voilà un pendard de valet qui m'incommode fort, et je ne me plais point à voir ce chien de boiteux-là.
Scène IV
ÉLISE, CLÉANTE, HARPAGON.
HARPAGON: Certes, ce n'est pas une petite peine que de garder chez soi une grande somme d'argent; et bienheureux qui a tout son fait bien placé, et ne conserve seulement que ce qu'il faut pour sa dépense. On n'est pas peu embarrassé à inventer dans toute une maison une cache fidèle; car pour moi, les coffres-forts me sont suspects, et je ne veux jamais m'y fier: je les tiens justement une franche amorce à voleurs, et c'est toujours la première chose que l'on va attaquer. Cependant je ne sais si j'aurai bien fait d'avoir enterré dans mon jardin dix mille écus qu'on me rendit hier. Dix mille écus en or chez soi est une somme assez. (Ici le frère et la sœur paraissent s'entretenant bas.) Ô Ciel! je me serai trahi moi-même: la chaleur m'aura emporté, et je crois que j'ai parlé haut en raisonnant tout seul. Qu'est-ce?
CLÉANTE: Rien, mon père.
HARPAGON: Y a-t-il longtemps que vous êtes là?
ÉLISE: Nous ne venons que d'arriver.
HARPAGON: Vous avez entendu.
CLÉANTE: Quoi? mon père.
HARPAGON: Là.
ÉLISE: Quoi?
HARPAGON: Ce que je viens de dire.
CLÉANTE: Non.
HARPAGON: Si fait, si fait.
ÉLISE: Pardonnez-moi.
HARPAGON: Je vois bien que vous en avez ouï quelques mots. C'est que je m'entretenais en moi-même de la peine qu'il y a aujourd'hui à trouver de l'argent, et je disais qu'il est bienheureux qui peut avoir dix mille écus chez soi.
CLÉANTE: Nous feignions à vous aborder, de peur de vous interrompre.
HARPAGON: Je suis bien aise de vous dire cela, afin que vous n'alliez pas prendre les choses de travers et vous imaginer que je dise que c'est moi qui ai dix mille écus.
CLÉANTE: Nous n'entrons point dans vos affaires.
HARPAGON: Plût à Dieu que je les eusse, dix mille écus!
CLÉANTE: Je ne crois pas.
HARPAGON: Ce serait une bonne affaire pour moi.
ÉLISE: Ce sont des choses.
HARPAGON: J'en aurais bon besoin.
CLÉANTE: Je pense que.
HARPAGON: Cela m'accommoderait fort.
ÉLISE: Vous êtes.
HARPAGON: Et je ne me plaindrais pas, comme je fais, que le temps est misérable.
CLÉANTE: Mon Dieu! mon père, vous n'avez pas lieu de vous plaindre, et l'on sait que vous avez assez de bien.
HARPAGON: Comment? j'ai assez de bien! Ceux qui le disent en ont menti. Il n'y a rien de plus faux; et ce sont des coquins qui font courir tous ces bruits-là.
ÉLISE: Ne vous mettez point en colère.
HARPAGON: Cela est étrange, que mes propres enfants me trahissent et deviennent mes ennemis!
CLÉANTE: Est-ce être votre ennemi, que de dire que vous avez du bien?
HARPAGON: Oui: de pareils discours et les dépenses que vous faites seront cause qu'un de ces jours on viendra chez moi me couper la gorge, dans la pensée que je suis tout cousu de pistoles.
CLÉANTE: Quelle grande dépense est-ce que je fais?
HARPAGON: Quelle? Est-il rien de plus scandaleux que ce somptueux équipage que vous promenez par la ville? Je querellais hier votre sœur; mais c'est encore pis. Voilà qui crie vengeance au Ciel; et à vous prendre depuis les pieds jusqu'à la tête, il y aurait là de quoi faire une bonne constitution. Je vous l'ai dit vingt fois, mon fils, toutes vos manières me déplaisent fort: vous donnez furieusement dans le marquis; et pour aller ainsi vêtu, il faut bien que vous me dérobiez.
CLÉANTE: Hé! comment vous dérober?
HARPAGON: Que sais-je, moi? Où pouvez-vous donc prendre de quoi entretenir l'état que vous portez?
CLÉANTE: Moi, mon père? C'est que je joue; et comme je suis fort heureux, je mets sur moi tout l'argent que je gagne.
HARPAGON: C'est fort mal fait. Si vous êtes heureux au jeu, vous en devriez profiter, et mettre à honnête intérêt l'argent que vous gagnez, afin de le trouver un jour. Je voudrais bien savoir, sans parler du reste, à quoi servent tous ces rubans dont vous voilà lardé depuis les pieds jusqu'à la tête, et si une demi-douzaine d'aiguillettes ne suffit pas pour attacher un haut-de-chausses? Il est bien nécessaire d'employer de l'argent à des perruques, lorsque l'on peut porter des cheveux de son cru, qui ne coûtent rien. Je vais gager qu'en perruques et rubans, il y a du moins vingt pistoles, et vingt pistoles rapportent par année dix-huit livres six sols huit deniers, à ne les placer qu'au denier douze.
CLÉANTE: Vous avez raison.
HARPAGON: Laissons cela, et parlons d'autre affaire. Euh? je crois qu'ils se font signe l'un à l'autre de me voler ma bourse. Que veulent dire ces gestes-là?
ÉLISE: Nous marchandons, mon frère et moi, à qui parlera le premier; et nous avons tous deux quelque chose à vous dire.
HARPAGON: Et moi, j'ai quelque chose aussi à vous dire à tous deux.
CLÉANTE: C'est de mariage, mon père, que nous désirons vous parler.
HARPAGON: Et c'est de mariage aussi que je veux vous entretenir.
ÉLISE: Ah! mon père.
HARPAGON: Pourquoi ce cri? Est-ce le mot, ma fille, ou la chose, qui vous fait peur?
CLÉANTE: Le mariage peut nous faire peur à tous deux, de la façon que vous pouvez l'entendre; et nous craignons que nos sentiments ne soient pas d'accord avec votre choix.
HARPAGON: Un peu de patience. Ne vous alarmez point. Je sais ce qu'il faut à tous deux; et vous n'aurez ni l'un ni l'autre aucun lieu de vous plaindre de tout ce que je prétends faire. Et pour commencer par un bout: avez-vous vu, dites moi, une jeune personne appelée Mariane, qui ne loge pas loin d'ici?
CLÉANTE: Oui, mon père.
HARPAGON: Et vous?
ÉLISE: J'en ai ouï parler.
HARPAGON: Comment, mon fils, trouvez-vous cette fille?
CLÉANTE: Une fort charmante personne.
HARPAGON: Sa physionomie?
CLÉANTE: Toute honnête, et pleine d'esprit.
HARPAGON: Son air et sa manière?
CLÉANTE: Admirables, sans doute.
HARPAGON: Ne croyez-vous pas qu'une fille comme cela mériterait assez que l'on songeât à elle?
CLÉANTE: Oui, mon père.
HARPAGON: Que ce serait un parti souhaitable?
CLÉANTE: Très souhaitable.
HARPAGON: Qu'elle a toute la mine de faire un bon ménage?
CLÉANTE: Sans doute.
HARPAGON: Et qu'un mari aurait satisfaction avec elle?
CLÉANTE: Assurément.
HARPAGON: Il y a une petite difficulté: c'est que j'ai peur qu'il n'y ait pas avec elle tout le bien qu'on pourrait prétendre.
CLÉANTE: Ah! mon père, le bien n'est pas considérable, lorsqu'il est question d'épouser une honnête personne.
HARPAGON: Pardonnez-moi, pardonnez-moi. Mais ce qu'il y a à dire, c'est que si l'on n'y trouve pas tout le bien qu'on souhaite, on peut tâcher de regagner cela sur autre chose.
CLÉANTE: Cela s'entend.
HARPAGON: Enfin je suis bien aise de vous voir dans mes sentiments; car son maintien honnête et sa douceur m'ont gagné l'âme, et je suis résolu de l'épouser, pourvu que j'y trouve quelque bien.
CLÉANTE: Euh?
HARPAGON: Comment?
CLÉANTE: Vous êtes résolu, dites-vous.?
HARPAGON: D'épouser Mariane.
CLÉANTE: Qui, vous? vous?
HARPAGON: Oui, moi, moi, moi. Que veut dire cela?
CLÉANTE: Il m'a pris tout à coup un éblouissement, et je me retire d'ici.
HARPAGON: Cela ne sera rien. Allez vite boire dans la cuisine un grand verre d'eau claire. Voilà de mes damoiseaux flouets, qui n'ont non plus de vigueur que des poules. C'est là, ma fille, ce que j'ai résolu pour moi, quant à ton frère, je lui destine une certaine veuve dont ce matin on m'est venu parler; et pour toi, je te donne au seigneur Anselme.
ÉLISE: Au seigneur Anselme?
HARPAGON: Oui, un homme mûr, prudent et sage, qui n'a pas plus de cinquante ans, et dont on vante les grands biens.
ÉLISE. Elle fait une révérence: Je ne veux point me marier, mon père, s'il vous plaît.
HARPAGON. Il contrefait sa révérence: Et moi, ma petite fille ma mie, je veux que vous vous mariiez, s'il vous plaît.
ÉLISE: Je vous demande pardon, mon père.
HARPAGON: Je vous demande pardon, ma fille.
ÉLISE: Je suis très humble servante au seigneur Anselme; mais, avec votre permission, je ne l'épouserai point.
HARPAGON: Je suis votre très humble valet; mais, avec votre permission, vous l'épouserez dès ce soir.
ÉLISE: Dès ce soir?
HARPAGON: Dès ce soir.
ÉLISE: Cela ne sera pas, mon père.
HARPAGON: Cela sera, ma fille.
ÉLISE: Non.
HARPAGON: Si.
ÉLISE: Non, vous dis-je.
HARPAGON: Si, vous dis-je.
ÉLISE: C'est une chose où vous ne me réduirez point.
HARPAGON: C'est une chose où je te réduirai.
ÉLISE: Je me tuerai plutôt que d'épouser un tel mari.
HARPAGON: Tu ne te tueras point, et tu l'épouseras. Mais voyez quelle audace! A-t-on jamais vu une fille parler de la sorte à son père?
ÉLISE: Mais a-t-on jamais vu un père marier sa fille de la sorte?
HARPAGON: C'est un parti où il n'y a rien à redire; et je gage que tout le monde approuvera mon choix.
ÉLISE: Et moi, je gage qu'il ne saurait être approuvé d'aucune personne raisonnable.
HARPAGON: Voilà Valère: veux-tu qu'entre nous deux nous le fassions juge de cette affaire?
ÉLISE: J'y consens.
HARPAGON: Te rendras-tu à son jugement?
ÉLISE: Oui, j'en passerai par ce qu'il dira.
HARPAGON: Voilà qui est fait.
Scène V
VALÈRE, HARPAGON, ÉLISE.
HARPAGON: Ici, Valère. Nous t'avons élu pour nous dire qui a raison, de ma fille ou de moi.
VALÈRE: C'est vous, Monsieur, sans contredit.
HARPAGON: Sais-tu bien de quoi nous parlons?
VALÈRE: Non; mais vous ne sauriez avoir tort, et vous êtes toute raison.
HARPAGON: Je veux ce soir lui donner pour époux un homme aussi riche que sage; et la coquine me dit au nez qu'elle se moque de le prendre. Que dis-tu de cela?
VALÈRE: Ce que j'en dis?
HARPAGON: Oui.
VALÈRE: Eh, eh.
HARPAGON: Quoi?
VALÈRE: Je dis que dans le fond je suis de votre sentiment; et vous ne pouvez pas que vous n'ayez raison. Mais aussi n'a-t-elle pas tort tout à fait, et.
HARPAGON: Comment? Le seigneur Anselme est un parti considérable; c'est un gentilhomme qui est noble, doux, posé, sage, et fort accommodé, et auquel il ne reste aucun enfant de son premier mariage. Saurait-elle mieux rencontrer?
VALÈRE: Cela est vrai. Mais elle pourrait vous dire que c'est un peu précipiter les choses, et qu'il faudrait au moins quelque temps pour voir si son inclination pourra s'accommoder avec.
HARPAGON: C'est une occasion qu'il faut prendre vite aux cheveux. Je trouve ici un avantage qu'ailleurs je ne trouverais pas, et il s'engage à la prendre sans dot.
VALÈRE: Sans dot?
HARPAGON: Oui.
VALÈRE: Ah! je ne dis plus rien. Voyez-vous? voilà une raison tout à fait convaincante; il se faut rendre à cela.
HARPAGON: C'est pour moi une épargne considérable.
VALÈRE: Assurément, cela ne reçoit point de contradiction. Il est vrai que votre fille vous peut représenter que le mariage est une plus grande affaire qu'on ne peut croire; qu'il y va d'être heureux ou malheureux toute sa vie; et qu'un engagement qui doit durer jusqu'à la mort ne se doit jamais faire qu'avec de grandes précautions.
HARPAGON: Sans dot.
VALÈRE: Vous avez raison: voilà qui décide tout, cela s'entend. Il y a des gens qui pourraient vous dire qu'en de telles occasions l'inclination d'une fille est une chose sans doute où l'on doit avoir de l'égard; et que cette grande inégalité d'âge, d'humeur et de sentiments, rend un mariage sujet à des accidents très fâcheux.
HARPAGON: Sans dot.
VALÈRE: Ah! il n'y a pas de réplique à cela: on le sait bien; qui diantre peut aller là contre? Ce n'est pas qu'il n'y ait quantité de pères qui aimeraient mieux ménager la satisfaction de leurs filles que l'argent qu'ils pourraient donner; qui ne les voudraient point sacrifier à l'intérêt, et chercheraient plus que toute autre chose à mettre dans un mariage cette douce conformité qui sans cesse y maintient l'honneur, la tranquillité et la joie, et que.
HARPAGON: Sans dot.
VALÈRE: Il est vrai: cela ferme la bouche à tout, sans dot. Le moyen de résister à une raison comme celle-là?
HARPAGON. Il regarde vers le jardin: Ouais! Il me semble que j'entends un chien qui aboie. N'est-ce point qu'on en voudrait à mon argent? Ne bougez, je reviens tout à l'heure.
ÉLISE: Vous moquez-vous, Valère, de lui parler comme vous faites?
VALÈRE: C'est pour ne point l'aigrir, et pour en venir mieux à bout. Heurter de front ses sentiments est le moyen de tout gâter; et il y a de certains esprits qu'il ne faut prendre qu'en biaisant, des tempéraments ennemis de toute résistance, des naturels rétifs, que la vérité fait cabrer, qui toujours se roidissent contre le droit chemin de la raison, et qu'on ne mène qu'en tournant où l'on veut les conduire. Faites semblant de consentir à ce qu'il veut, vous en viendrez mieux à vos fins, et.
ÉLISE: Mais ce mariage, Valère?
VALÈRE: On cherchera des biais pour le rompre.
ÉLISE: Mais quelle invention trouver, s'il se doit conclure ce soir?
VALÈRE: Il faut demander un délai, et feindre quelque maladie.
ÉLISE: Mais on découvrira la feinte, si l'on appelle des médecins.
VALÈRE: Vous moquez-vous? Y connaissent-ils quelque chose? Allez, allez, vous pourrez avec eux avoir quel mal il vous plaira, ils vous trouveront des raisons pour vous dire d'où cela vient.
HARPAGON: Ce n'est rien, Dieu merci.
VALÈRE: Enfin notre dernier recours, c'est que la fuite nous peut mettre à couvert de tout; et si votre amour, belle Élise, est capable d'une fermeté. (Il aperçoit Harpagon.) Oui, il faut qu'une fille obéisse à son père. Il ne faut point qu'elle regarde comme un mari est fait; et lorsque la grande raison de sans dot s'y rencontre, elle doit être prête à prendre tout ce qu'on lui donne.
HARPAGON: Bon. Voilà bien parlé, cela.
VALÈRE: Monsieur, je vous demande pardon si je m'emporte un peu, et prends la hardiesse de lui parler comme je fais.
HARPAGON: Comment? j'en suis ravi, et je veux que tu prennes sur elle un pouvoir absolu. Oui, tu as beau fuir. Je lui donne l'autorité que le Ciel me donne sur toi, et j'entends que tu fasses tout ce qu'il te dira.
VALÈRE: Après cela, résistez à mes remontrances. Monsieur, je vais la suivre, pour lui continuer les leçons que je lui faisais.
HARPAGON: Oui, tu m'obligeras. Certes.
VALÈRE: Il est bon de lui tenir un peu la bride haute.
HARPAGON: Cela est vrai. Il faut.
VALÈRE: Ne vous mettez pas en peine. Je crois que j'en viendrai à bout.
HARPAGON: Fais, fais. Je m'en vais faire un petit tour en ville, et reviens tout à l'heure.
VALÈRE: Oui, l'argent est plus précieux que toutes les choses du monde, et vous devez rendre grâces au Ciel de l'honnête homme de père qu'il vous a donné. Il sait ce que c'est que de vivre. Lorsqu'on s'offre de prendre une fille sans dot, on ne doit point regarder plus avant. Tout est renfermé là-dedans, et sans dot tient lieu de beauté, de jeunesse, de naissance, d'honneur, de sagesse et de probité.
HARPAGON: Ah! le brave garçon! Voilà parlé comme un oracle. Heureux qui peut avoir un domestique de la sorte!
ACTE II, Scène première
Scène II
MAÎTRE SIMON, HARPAGON, CLÉANTE, LA FLÈCHE.
MAÎTRE SIMON: Oui, Monsieur, c'est un jeune homme qui a besoin d'argent. Ses affaires le pressent d'en trouver, et il en passera par tout ce que vous en prescrirez.
HARPAGON: Mais croyez-vous, maître Simon, qu'il n'y ait rien à péricliter? et savez-vous le nom, les biens et la famille de celui pour qui vous parlez?
MAÎTRE SIMON: Non, je ne puis pas bien vous en instruire à fond, et ce n'est que par aventure que l'on m'a adressé à lui; mais vous serez de toutes choses éclairci par lui-même; et son homme m'a assuré que vous serez content, quand vous le connaîtrez. Tout ce que je saurais vous dire, c'est que sa famille est fort riche, qu'il n'a plus de mère déjà, et qu'il s'obligera, si vous voulez, que son père mourra avant qu'il soit huit mois.
HARPAGON: C'est quelque chose que cela. La charité, maître Simon, nous oblige à faire plaisir aux personnes, lorsque nous le pouvons.
MAÎTRE SIMON: Cela s'entend.
LA FLÈCHE: Que veut dire ceci? Notre maître Simon qui parle à votre père.
CLÉANTE: Lui aurait-on appris qui je suis? et serais-tu pour me trahir?
MAÎTRE SIMON: Ah! ah! vous êtes bien pressés! Qui vous a dit que c'était céans? Ce n'est pas moi, Monsieur, au moins, qui leur ai découvert votre nom et votre logis; mais, à mon avis, il n'y a pas grand mal à cela. Ce sont des personnes discrètes, et vous pouvez ici vous expliquer ensemble.
HARPAGON: Comment?
MAÎTRE SIMON: Monsieur est la personne qui veut vous emprunter les quinze mille livres dont je vous ai parlé.
HARPAGON: Comment, pendard? c'est toi qui t'abandonnes à ces coupables extrémités?
CLÉANTE: Comment, mon père? c'est vous qui vous portez à ces honteuses actions?
Maître Simon s'enfuit.
HARPAGON: C'est toi qui te veux ruiner par des emprunts si condamnables?
CLÉANTE: C'est vous qui cherchez à vous enrichir par des usures si criminelles?
HARPAGON: Oses-tu bien, après cela, paraître devant moi?
CLÉANTE: Osez-vous bien, après cela, vous présenter aux yeux du monde?
HARPAGON: N'as-tu point de honte, dis-moi, d'en venir à ces débauches-là? de te précipiter dans des dépenses effroyables? et de faire une honteuse dissipation du bien que tes parents t'ont amassé avec tant de sueurs?
CLÉANTE: Ne rougissez-vous point de déshonorer votre condition par les commerces que vous faites? de sacrifier gloire et réputation au désir insatiable d'entasser écu sur écu, et de renchérir, en fait d'intérêts, sur les plus infâmes subtilités qu'aient jamais inventées les plus célèbres usuriers?
HARPAGON: ôte-toi de mes yeux, coquin! ôte-toi de mes yeux.
CLÉANTE: Qui est plus criminel, à votre avis, ou celui qui achète un argent dont il a besoin, ou bien celui qui vole un argent dont il n'a que faire?
HARPAGON: Retire-toi, te dis-je, et ne m'échauffe pas les oreilles. Je ne suis pas fâché de cette aventure; et ce m'est un avis de tenir l'œil, plus que jamais, sur toutes ses actions.
Scène III
FROSINE, HARPAGON.
FROSINE: Monsieur.
HARPAGON: Attendez un moment; je vais revenir vous parler. (à part.) Il est à propos que je fasse un petit tour à mon argent.
Scène II
MAÎTRE JACQUES, VALÈRE.
VALÈRE: à ce que je puis voir, maître Jacques, on paye mal votre franchise.
MAÎTRE JACQUES: Morbleu! Monsieur le nouveau venu, qui faites l'homme d'importance, ce n'est pas votre affaire. Riez de vos coups de bâton quand on vous en donnera, et ne venez point rire des miens.
VALÈRE: Ah! Monsieur maître Jacques, ne vous fâchez pas, je vous prie.
MAÎTRE JACQUES: Il file doux. Je veux faire le brave, et s'il est assez sot pour me craindre, le frotter quelque peu. Savez-vous bien, Monsieur le rieur, que je ne ris pas, moi? et que si vous m'échauffez la tête, je vous ferai rire d'une autre sorte?
Maître Jacques pousse Valère jusques au bout du théâtre, en le menaçant.
VALÈRE: Eh! doucement.
MAÎTRE JACQUES: Comment, doucement? il ne me plaît pas, moi.
VALÈRE: De grâce.
MAÎTRE JACQUES: Vous êtes un impertinent.
VALÈRE: Monsieur maître Jacques.
MAÎTRE JACQUES: Il n'y a point de Monsieur maître Jacques pour un double. Si je prends un bâton, je vous rosserai d'importance.
VALÈRE: Comment, un bâton?
VALÈRE le fait reculer autant qu'il l'a fait.
MAÎTRE JACQUES: Eh! je ne parle pas de cela.
VALÈRE: Savez-vous bien, Monsieur le fat, que je suis homme à vous rosser vous-même?
MAÎTRE JACQUES: Je n'en doute pas.
VALÈRE: Que vous n'êtes, pour tout potage, qu'un faquin de cuisinier?
MAÎTRE JACQUES: Je le sais bien.
VALÈRE: Et que vous ne me connaissez pas encore?
MAÎTRE JACQUES: Pardonnez-moi.
VALÈRE: Vous me rosserez, dites-vous?
MAÎTRE JACQUES: Je le disais en raillant.
VALÈRE: Et moi, je ne prends point de goût à votre raillerie. (Il lui donne des coups de bâton.) Apprenez que vous êtes un mauvais railleur.
MAÎTRE JACQUES: Peste soit la sincérité! c'est un mauvais métier. Désormais j'y renonce, et je ne veux plus dire vrai. Passe encore pour mon maître: il a quelque droit de me battre; mais pour ce Monsieur l'intendant, je m'en vengerai si je puis.
Scène III
FROSINE, MARIANE, MAÎTRE JACQUES.
FROSINE: Savez-vous, maître Jacques, si votre maître est au logis?
MAÎTRE JACQUES: Oui vraiment il y est, je ne le sais que trop.
FROSINE: Dites-lui, je vous prie, que nous sommes ici.
MAÎTRE JACQUES: Ah! nous voilà pas mal.
Scène IV
MARIANE, FROSINE.
MARIANE: Ah! que je suis, Frosine, dans un étrange état! et s'il faut dire ce que je sens, que j'appréhende cette vue!
FROSINE: Mais pourquoi, et quelle est votre inquiétude?
MARIANE: Hélas! me le demandez-vous? et ne vous figurez-vous point les alarmes d'une personne toute prête à voir le supplice où l'on veut l'attacher?
FROSINE: Je vois bien que, pour mourir agréablement, Harpagon n'est pas le supplice que vous voudriez embrasser; et je connais à votre mine que le jeune blondin dont vous m'avez parlé vous revient un peu dans l'esprit.
MARIANE: Oui, c'est une chose, Frosine, dont je ne veux pas me défendre; et les visites respectueuses qu'il a rendues chez nous ont fait, je vous l'avoue, quelque effet dans mon âme.
FROSINE: Mais avez-vous su quel il est?
MARIANE: Non, je ne sais point quel il est; mais je sais qu'il est fait d'un air à se faire aimer; que si l'on pouvait mettre les choses à mon choix, je le prendrais plutôt qu'un autre; et qu'il ne contribue pas peu à me faire trouver un tourment effroyable dans l'époux qu'on veut me donner.
FROSINE: Mon Dieu! tous ces blondins sont agréables, et débitent fort bien leur fait; mais la plupart sont gueux comme des rats; et il vaut mieux pour vous de prendre un vieux mari qui vous donne beaucoup de bien. Je vous avoue que les sens ne trouvent pas si bien leur compte du côté que je dis, et qu'il y a quelques petits dégoûts à essuyer avec un tel époux; mais cela n'est pas pour durer, et sa mort, croyez-moi, vous mettra bientôt en état d'en prendre un plus aimable, qui réparera toutes choses.
MARIANE: Mon Dieu! Frosine, c'est une étrange affaire, lorsque, pour être heureuse, il faut souhaiter ou attendre le trépas de quelqu'un, et la mort ne suit pas tous les projets que nous faisons.
FROSINE: Vous moquez-vous? Vous ne l'épousez qu'aux conditions de vous laisser veuve bientôt; et ce doit être là un des articles du contrat. Il serait bien impertinent de ne pas mourir dans trois mois. Le voici en propre personne.
MARIANE: Ah! Frosine, quelle figure!
Scène V
HARPAGON, FROSINE, MARIANE.
HARPAGON: Ne vous offensez pas, ma belle, si je viens à vous avec des lunettes. Je sais que vos appas frappent assez les yeux, sont assez visibles d'eux-mêmes, et qu'il n'est pas besoin de lunettes pour les apercevoir; mais enfin c'est avec des lunettes qu'on observe les astres, et je maintiens et garantis que vous êtes un astre, mais un astre le plus bel astre qui soit dans le pays des astres. Frosine, elle ne répond mot, et ne témoigne, ce me semble, aucune joie de me voir.
FROSINE: C'est qu'elle est encore toute surprise; et puis les filles ont toujours honte à témoigner d'abord ce qu'elles ont dans l'âme.
HARPAGON: Tu as raison. Voilà, belle mignonne, ma fille qui vient vous saluer.
Scène VI
ÉLISE, HARPAGON, MARIANE, FROSINE.
MARIANE: Je m'acquitte bien tard, Madame, d'une telle visite.
ÉLISE: Vous avez fait, Madame, ce que je devais faire, et c'était à moi de vous prévenir.
HARPAGON: Vous voyez qu'elle est grande; mais mauvaise herbe croît toujours.
MARIANE, bas à Frosine: Ô! l'homme déplaisant!
HARPAGON: Que dit la belle?
FROSINE: Qu'elle vous trouve admirable.
HARPAGON: C'est trop d'honneur que vous me faites, adorable mignonne.
MARIANE, à part: Quel animal!
HARPAGON: Je vous suis trop obligé de ces sentiments.
MARIANE, à part: Je n'y puis plus tenir.
HARPAGON: Voici mon fils aussi qui vous vient faire la révérence.
MARIANE, à part, à Frosine: Ah! Frosine, quelle rencontre! C'est justement celui dont je t'ai parlé.
FROSINE, à Mariane: L'aventure est merveilleuse.
HARPAGON: Je vois que vous vous étonnez de me voir de si grands enfants; mais je serai bientôt défait et de l'un et de l'autre.
Scène VII
CLÉANTE, HARPAGON, ÉLISE, MARIANE, FROSINE.
CLÉANTE: Madame, à vous dire le vrai, c'est ici une aventure où sans doute je ne m'attendais pas; et mon père ne m'a pas peu surpris lorsqu'il m'a dit tantôt le dessein qu'il avait formé.
MARIANE: Je puis dire la même chose. C'est une rencontre imprévue qui m'a surprise autant que vous; et je n'étais point préparée à une pareille aventure.
CLÉANTE: Il est vrai que mon père, Madame, ne peut pas faire un plus beau choix, et que ce m'est une sensible joie que l'honneur de vous voir; mais avec tout cela, je ne vous assurerai point que je me réjouis du dessein où vous pourriez être de devenir ma belle-mère. Le compliment, je vous l'avoue, est trop difficile pour moi; et c'est un titre, s'il vous plaît, que je ne vous souhaite point. Ce discours paraîtra brutal aux yeux de quelques-uns; mais je suis assuré que vous serez personne à le prendre comme il faudra; que c'est un mariage, Madame, où vous vous imaginez bien que je dois avoir de la répugnance; que vous n'ignorez pas, sachant ce que je suis, comme il choque mes intérêts; et que vous voulez bien enfin que je vous dise, avec la permission de mon père, que si les choses dépendaient de moi, cet hymen ne se ferait point.
HARPAGON: Voilà un compliment bien impertinent: quelle belle confession à lui faire!
MARIANE: Et moi, pour vous répondre, j'ai à vous dire que les choses sont fort égales; et que si vous auriez de la répugnance à me voir votre belle-mère, je n'en aurais pas moins sans doute à vous voir mon beau-fils. Ne croyez pas, je vous prie, que ce soit moi qui cherche à vous donner cette inquiétude. Je serais fort fâchée de vous causer du déplaisir; et si je ne m'y vois forcée par une puissance absolue, je vous donne ma parole que je ne consentirai point au mariage qui vous chagrine.
HARPAGON: Elle a raison: à sot compliment il faut une réponse de même. Je vous demande pardon, ma belle, de l'impertinence de mon fils. C'est un jeune sot, qui ne sait pas encore la conséquence des paroles qu'il dit.
MARIANE: Je vous promets que ce qu'il m'a dit ne m'a point du tout offensée; au contraire, il m'a fait plaisir de m'expliquer ainsi ses véritables sentiments. J'aime de lui un aveu de la sorte; et s'il avait parlé d'autre façon, je l'en estimerais bien moins.
HARPAGON: C'est beaucoup de bonté à vous de vouloir ainsi excuser ses fautes. Le temps le rendra plus sage, et vous verrez qu'il changera de sentiments.
CLÉANTE: Non, mon père, je ne suis point capable d'en changer, et je prie instamment Madame de le croire.
HARPAGON: Mais voyez quelle extravagance! Il continue encore plus fort.
CLÉANTE: Voulez-vous que je trahisse mon cœur?
HARPAGON: Encore? Avez-vous envie de changer de discours?
CLÉANTE: Hé bien! puisque vous voulez que je parle d'autre façon, souffrez, Madame, que je me mette ici à la place de mon père, et que je vous avoue que je n'ai rien vu dans le monde de si charmant que vous; que je ne conçois rien d'égal au bonheur de vous plaire, et que le titre de votre époux est une gloire, une félicité que je préférerais aux destinées des plus grands princes de la terre. Oui, Madame, le bonheur de vous posséder est à mes regards la plus belle de toutes les fortunes; c'est où j'attache toute mon ambition, il n'y a rien que je ne sois capable de faire pour une conquête si précieuse, et les obstacles les plus puissants.
HARPAGON: Doucement, mon fils, s'il vous plaît.
CLÉANTE: C'est un compliment que je fais pour vous à Madame.
HARPAGON: Mon Dieu! j'ai une langue pour m'expliquer moi-même, et je n'ai pas besoin d'un interprète comme vous. Allons, donnez des sièges.
FROSINE: Non; il vaut mieux que de ce pas nous allions à la foire, afin d'en revenir plus tôt, et d'avoir tout le temps ensuite de vous entretenir.
HARPAGON: Qu'on mette donc les chevaux au carrosse. Je vous prie de m'excuser, ma belle, si je n'ai pas songé à vous donner un peu de collation avant que de partir.
CLÉANTE: J'y ai pourvu, mon père, et j'ai fait apporter ici quelques bassins d'oranges de la Chine, de citrons doux et de confitures, que j'ai envoyé quérir de votre part.
HARPAGON, bas, à Valère: VALÈRE!
VALÈRE, à Harpagon: Il a perdu le sens.
CLÉANTE: Est-ce que vous trouvez, mon père, que ce ne soit pas assez? Madame aura la bonté d'excuser cela, s'il lui plaît.
MARIANE: C'est une chose qui n'était pas nécessaire.
CLÉANTE: Avez-vous jamais vu, Madame, un diamant plus vif que celui que vous voyez que mon père a au doigt?
MARIANE: Il est vrai qu'il brille beaucoup.
CLÉANTE. Il l'ôte du doigt de son père, et le donne à Mariane: Il faut que vous le voyiez de près.
MARIANE: Il est fort beau sans doute, et jette quantité de feux.
CLÉANTE. Il se met au devant de Mariane, qui le veut rendre: Non, Madame: il est en de trop belles mains. C'est un présent que mon père vous fait.
HARPAGON: Moi?
CLÉANTE: N'est-il pas vrai, mon père, que vous voulez que Madame le garde pour l'amour de vous?
HARPAGON, à part, à son fils: Comment?
CLÉANTE: Belle demande! Il me fait signe de vous le faire accepter.
MARIANE: Je ne veux point.
CLÉANTE: Vous moquez-vous? Il n'a garde de le reprendre.
HARPAGON, à part: J'enrage!
MARIANE: Ce serait.
CLÉANTE, en empêchant toujours Mariane de rendre la bague: Non, vous dis-je, c'est l'offenser.
MARIANE: De grâce.
CLÉANTE: Point du tout.
HARPAGON, à part: Peste soit.
CLÉANTE: Le voilà qui se scandalise de votre refus.
HARPAGON, bas à son fils: Ah, traître!
CLÉANTE: Vous voyez qu'il se désespère.
HARPAGON, bas à son fils, en le menaçant: Bourreau que tu es!
CLÉANTE: Mon père, ce n'est pas ma faute. Je fais ce que je puis pour l'obliger à la garder; mais elle est obstinée.
HARPAGON, bas à son fils avec emportement: Pendard!
CLÉANTE: Vous êtes cause, Madame, que mon père me querelle.
HARPAGON, bas à son fils, avec les mêmes grimaces: Le coquin!
CLÉANTE: Vous le ferez tomber malade. De grâce, Madame, ne résistez point davantage.
FROSINE: Mon Dieu! que de façons! Gardez la bague, puisque Monsieur le veut.
MARIANE: Pour ne vous point mettre en colère, je la garde maintenant; et je prendrai un autre temps pour vous la rendre.
Scène VIII
HARPAGON, MARIANE, FROSINE, CLÉANTE, BRINDAVOINE, ÉLISE.
BRINDAVOINE: Monsieur, il y a là un homme qui veut vous parler.
HARPAGON: Dis-lui que je suis empêché, et qu'il revienne une autre fois.
BRINDAVOINE: Il dit qu'il vous apporte de l'argent.
HARPAGON : Je vous demande pardon. Je reviens tout à l'heure.
Scène IX
HARPAGON, MARIANE, CLÉANTE, ÉLISE, FROSINE, LA MERLUCHE.
LA MERLUCHE. Il vient en courant, et fait tomber Harpagon: Monsieur.
HARPAGON: Ah! je suis mort.
CLÉANTE: Qu'est-ce, mon père? Vous êtes-vous fait mal?
HARPAGON: Le traître assurément a reçu de l'argent de mes débiteurs, pour me faire rompre le cou.
VALÈRE: Cela ne sera rien.
LA MERLUCHE: Monsieur, je vous demande pardon, je croyais bien faire d'accourir vite.
HARPAGON: Que viens-tu faire ici, bourreau?
LA MERLUCHE: Vous dire que vos deux chevaux sont déferrés.
HARPAGON: Qu'on les mène promptement chez le maréchal.
CLÉANTE: En attendant qu'ils soient ferrés, je vais faire pour vous, mon père, les honneurs de votre logis, et conduire Madame dans le jardin, où je ferai porter la collation.
HARPAGON: Valère, aie un peu l'œil à tout cela; et prends soin, je te prie, de m'en sauver le plus que tu pourras, pour le renvoyer au marchand.
VALÈRE: C'est assez.
HARPAGON: Ô fils impertinent, as-tu envie de me ruiner?
ACTE IV, Scène première
Scène II
HARPAGON, CLÉANTE, MARIANE, ÉLISE, FROSINE.
HARPAGON-: Ouais! mon fils baise la main de sa prétendue belle-mère-, et sa prétendue belle-mère ne s'en défend pas fort. Y aurait-il quelque mystère là-dessous?
ÉLISE: Voilà mon père.
HARPAGON: Le carrosse est tout prêt. Vous pouvez partir quand il vous plaira.
CLÉANTE: Puisque vous n'y allez pas, mon père, je m'en vais les conduire.
HARPAGON: Non, demeurez. Elles iront bien toutes seules; et j'ai besoin de vous.
Scène III
HARPAGON, CLÉANTE.
HARPAGON: Ô çà, intérêt de belle-mère à part, que te semble à toi de cette personne?
CLÉANTE: Ce qui m'en semble?
HARPAGON: Oui, de son air, de sa taille, de sa beauté, de son esprit?
CLÉANTE: Là, là.
HARPAGON: Mais encore?
CLÉANTE: à vous en parler franchement, je ne l'ai pas trouvée ici ce que je l'avais crue. Son air est de franche coquette; sa taille est assez gauche, sa beauté très médiocre, et son esprit des plus communs. Ne croyez pas que ce soit, mon père, pour vous en dégoûter; car belle-mère pour belle-mère, j'aime autant celle-là qu'une autre.
HARPAGON: Tu lui disais tantôt pourtant.
CLÉANTE: Je lui ai dit quelques douceurs en votre nom, mais c'était pour vous plaire.
HARPAGON: Si bien donc que tu n'aurais pas d'inclination pour elle?
CLÉANTE: Moi? point du tout.
HARPAGON: J'en suis fâché; car cela rompt une pensée qui m'était venue dans l'esprit. J'ai fait, en la voyant ici, réflexion sur mon âge; et j'ai songé qu'on pourra trouver à redire de me voir marier à une jeune personne-. Cette considération m'en faisait quitter le dessein; et comme je l'ai fait demander, et que je suis pour elle engagé de parole, je te l'aurais donnée, sans l'aversion que tu témoignes.
CLÉANTE: à moi?
HARPAGON: à toi.
CLÉANTE: En mariage?
HARPAGON: En mariage.
CLÉANTE: Écoutez: il est vrai qu'elle n'est pas fort à mon goût; mais pour vous faire plaisir, mon père, je me résoudrai à l'épouser, si vous voulez.
HARPAGON: Moi? je suis plus raisonnable que tu ne penses: je ne veux point forcer ton inclination.
CLÉANTE: Pardonnez-moi, je me ferai cet effort pour l'amour de vous.
HARPAGON: Non, non: un mariage ne saurait être heureux où l'inclination n'est pas.
CLÉANTE: C'est une chose, mon père, qui peut-être viendra ensuite; et l'on dit que l'amour est souvent un fruit du mariage.
HARPAGON: Non: du côté de l'homme, on ne doit point risquer l'affaire, et ce sont des suites fâcheuses, où je n'ai garde de me commettre. Si tu avais senti quelque inclination pour elle, à la bonne heure! je te l'aurais fait épouser, au lieu de moi; mais cela n'étant pas, je suivrai mon premier dessein, et je l'épouserai moi-même.
CLÉANTE: Hé bien! mon père, puisque les choses sont ainsi, il faut vous découvrir mon cœur, il faut vous révéler notre secret. La vérité est que je l'aime, depuis un jour que je la vis dans une promenade; que mon dessein était tantôt de vous la demander pour femme; et que rien ne m'a retenu que la déclaration de vos sentiments, et la crainte de vous déplaire.
HARPAGON: Lui avez-vous rendu visite?
CLÉANTE: Oui, mon père.
HARPAGON: Beaucoup de fois?
CLÉANTE: Assez, pour le temps qu'il y a.
HARPAGON: Vous a-t-on bien reçu?
CLÉANTE: Fort bien, mais sans savoir qui j'étais; et c'est ce qui a fait tantôt la surprise de Mariane.
HARPAGON: Lui avez-vous déclaré votre passion, et le dessein où vous étiez de l'épouser?
CLÉANTE: Sans doute; et même j'en avais fait à sa mère quelque peu d'ouverture.
HARPAGON: A-t-elle écouté, pour sa fille, votre proposition?
CLÉANTE: Oui, fort civilement.
HARPAGON: Et la fille correspond-elle fort à votre amour?
CLÉANTE: Si j'en dois croire les apparences, je me persuade, mon père, qu'elle a quelque bonté pour moi.
HARPAGON: Je suis bien aise d'avoir appris un tel secret; et voilà justement ce que je demandais. Oh sus! mon fils, savez-vous ce qu'il y a? c'est qu'il faut songer, s'il vous plaît, à vous défaire de votre amour; à cesser toutes vos poursuites auprès d'une personne que je prétends pour moi; et à vous marier dans peu avec celle qu'on vous destine.
CLÉANTE: Oui, mon père, c'est ainsi que vous me jouez! Hé bien! puisque les choses en sont venues là, je vous déclare, moi, que je ne quitterai point la passion que j'ai pour Mariane, qu'il n'y a point d'extrémité où je ne m'abandonne pour vous disputer sa conquête, et que si vous avez pour vous le consentement d'une mère, j'aurai d'autres secours peut-être qui combattront pour moi.
HARPAGON: Comment, pendard? tu as l'audace d'aller sur mes brisées?
CLÉANTE: C'est vous qui allez sur les miennes; et je suis le premier en date.
HARPAGON: Ne suis-je pas ton père? et ne me dois-tu pas respect?
CLÉANTE: Ce ne sont point ici des choses où les enfants soient obligés de déférer aux pères; et l'amour ne connaît personne.
HARPAGON: Je te ferai bien me connaître, avec de bons coups de bâton.
CLÉANTE: Toutes vos menaces ne feront rien.
HARPAGON: Tu renonceras à Mariane.
CLÉANTE: Point du tout.
HARPAGON: Donnez-moi un bâton tout à l'heure.
Scène IV
MAÎTRE JACQUES, HARPAGON, CLÉANTE.
MAÎTRE JACQUES: Eh, eh, eh, Messieurs, qu'est-ce ci? à quoi songez-vous?
CLÉANTE: Je me moque de cela.
MAÎTRE JACQUES: Ah! Monsieur, doucement.
HARPAGON: Me parler avec cette impudence!
MAÎTRE JACQUES: Ah! Monsieur, de grâce.
CLÉANTE: Je n'en démordrai point.
MAÎTRE JACQUES: Hé quoi? à votre père?
HARPAGON: Laisse-moi faire.
MAÎTRE JACQUES: Hé quoi? à votre fils? Encore passe pour moi.
HARPAGON: Je te veux faire toi-même, maître Jacques, juge de cette affaire, pour montrer comme j'ai raison.
MAÎTRE JACQUES: J'y consens.- Éloignez-vous un peu.
HARPAGON: J'aime une fille, que je veux épouser; et le pendard a l'insolence de l'aimer avec moi, et d'y prétendre malgré mes ordres.
MAÎTRE JACQUES: Ah! il a tort.
HARPAGON: N'est-ce pas une chose épouvantable, qu'un fils qui veut entrer en concurrence avec son père? et ne doit il pas, par respect, s'abstenir de toucher à mes inclinations?
MAÎTRE JACQUES: Vous avez raison. Laissez-moi lui parler, et demeurez là.
Il vient trouver Cléante à l'autre bout du théâtre.
CLÉANTE: Hé bien! oui, puisqu'il veut te choisir pour juge, je n'y recule point; il ne m'importe qui ce soit; et je veux bien aussi me rapporter à toi, maître Jacques, de notre différend.
MAÎTRE JACQUES: C'est beaucoup d'honneur que vous me faites.
CLÉANTE: Je suis épris d'une jeune personne qui répond à mes vœux, et reçoit tendrement les offres de ma foi; et mon père s'avise de venir troubler notre amour par la demande qu'il en fait faire.
MAÎTRE JACQUES: Il a tort assurément.
CLÉANTE: N'a-t-il point de honte, à son âge, de songer à se marier? lui sied-il bien d'être encore amoureux? et ne devrait-il pas laisser cette occupation aux jeunes gens?
MAÎTRE JACQUES: Vous avez raison, il se moque. Laissez-moi lui dire deux mots. (Il revient à Harpagon.) Hé bien! votre fils n'est pas si étrange que vous le dites, et il se met à la raison. Il dit qu'il sait le respect qu'il vous doit, qu'il ne s'est emporté que dans la première chaleur, et qu'il ne fera point refus de se soumettre à ce qu'il vous plaira, pourvu que vous vouliez le traiter mieux que vous ne faites, et lui donner quelque personne en mariage dont il ait lieu d'être content.
HARPAGON: Ah! dis-lui, maître Jacques, que moyennant cela, il pourra espérer toutes choses de moi; et que, hors Mariane, je lui laisse la liberté de choisir celle qu'il voudra.
MAÎTRE JACQUES. Il va au fils: Laissez-moi faire. Hé bien! votre père n'est pas si déraisonnable que vous le faites; et il m'a témoigné que ce sont vos emportements qui l'ont mis en colère; qu'il n'en veut seulement qu'à votre manière d'agir, et qu'il sera fort disposé à vous accorder ce que vous souhaitez, pourvu que vous vouliez vous y prendre par la douceur, et lui rendre les déférences, les respects, et les soumissions qu'un fils doit à son père.
CLÉANTE: Ah! maître Jacques, tu lui peux assurer que, s'il m'accorde Mariane, il me verra toujours le plus soumis de tous les hommes; et que jamais je ne ferai aucune chose que par ses volontés.
MAÎTRE JACQUES: Cela est fait. Il consent à ce que vous dites.
HARPAGON: Voilà qui va le mieux du monde.
MAÎTRE JACQUES: Tout est conclu. Il est content de vos promesses.
CLÉANTE: Le Ciel en soit loué!
MAÎTRE JACQUES: Messieurs, vous n'avez qu'à parler ensemble: vous voilà d'accord maintenant; et vous alliez vous quereller, faute de vous entendre.
CLÉANTE: Mon pauvre maître Jacques, je te serai obligé toute ma vie.
MAÎTRE JACQUES: Il n'y a pas de quoi, Monsieur.
HARPAGON: Tu m'as fait plaisir, maître Jacques, et cela mérite une récompense. Va, je m'en souviendrai, je t'assure.
Il tire son mouchoir de sa poche, ce qui fait croire à
maître Jacques qu'il va lui donner quelque chose.
MAÎTRE JACQUES: Je vous baise les mains.
Scène V
CLÉANTE, HARPAGON.
CLÉANTE: Je vous demande pardon, mon père, de l'emportement que j'ai fait paraître.
HARPAGON: Cela n'est rien.
CLÉANTE: Je vous assure que j'en ai tous les regrets du monde.
HARPAGON: Et moi, j'ai toutes les joies du monde de te voir raisonnable.
CLÉANTE: Quelle bonté à vous d'oublier si vite ma faute!
HARPAGON: On oublie aisément les fautes des enfants, lorsqu'ils rentrent dans leur devoir.
CLÉANTE: Quoi? ne garder aucun ressentiment de toutes mes extravagances?
HARPAGON: C'est une chose où tu m'obliges par la soumission et le respect où tu te ranges.
CLÉANTE: Je vous promets, mon père, que, jusques au tombeau, je conserverai dans mon cœur le souvenir de vos bontés.
HARPAGON: Et moi, je te promets qu'il n'y aura aucune chose que tu n'obtiennes de moi.
CLÉANTE: Ah! mon père, je ne vous demande plus rien; et c'est m'avoir assez donné que de me donner Mariane.
HARPAGON: Comment?
CLÉANTE: Je dis, mon père, que je suis trop content de vous, et que je trouve toutes choses dans la bonté que vous avez de m'accorder Mariane.
HARPAGON: Qui est-ce qui parle de t'accorder Mariane?
CLÉANTE: Vous, mon père.
HARPAGON: Moi?
CLÉANTE: Sans doute.
HARPAGON: Comment? C'est toi qui as promis d'y renoncer.
CLÉANTE: Moi, y renoncer?
HARPAGON: Oui.
CLÉANTE: Point du tout.
HARPAGON: Tu ne t'es pas départi d'y prétendre?
CLÉANTE: Au contraire, j'y suis porté plus que jamais.
HARPAGON: Quoi? pendard, derechef?
CLÉANTE: Rien ne me peut changer.
HARPAGON: Laisse-moi faire, traître.
CLÉANTE: Faites tout ce qu'il vous plaira.
HARPAGON: Je te défends de me jamais voir.
CLÉANTE: à la bonne heure.
HARPAGON: Je t'abandonne.
CLÉANTE: Abandonnez.
HARPAGON: Je te renonce pour mon fils.
CLÉANTE: Soit.
HARPAGON: Je te déshérite.
CLÉANTE: Tout ce que vous voudrez.
HARPAGON: Et je te donne ma malédiction.
CLÉANTE: Je n'ai que faire de vos dons.
Scène VI
LA FLÈCHE, CLÉANTE.
LA FLÈCHE, sortant du jardin avec une cassette: Ah! Monsieur, que je vous trouve à propos! suivez-moi vite.
CLÉANTE: Qu'y a-t-il?
LA FLÈCHE: Suivez-moi, vous dis-je: nous sommes bien.
CLÉANTE: Comment?
LA FLÈCHE: Voici votre affaire.
CLÉANTE: Quoi?
LA FLÈCHE: J'ai guigné ceci tout le jour.
CLÉANTE: Qu'est-ce que c'est?
LA FLÈCHE: Le trésor de votre père, que j'ai attrapé.
CLÉANTE: Comment as-tu fait?
LA FLÈCHE: Vous saurez tout. Sauvons-nous, je l'entends crier.
Scène VII
HARPAGON. Il crie au voleur dès le jardin, et vient sans chapeau: Au voleur! au voleur! à l'assassin! au meurtrier! Justice, juste Ciel! je suis perdu, je suis assassiné, on m'a coupé la gorge, on m'a dérobé mon argent. Qui peut-ce être? Qu'est-il devenu? Où est-il? Où se cache-t-il? Que ferai-je pour le trouver? Où courir? Où ne pas courir? N'est-il point là? N'est-il point ici? Qui est-ce? Arrête. Rends-moi mon argent, coquin. (Il se prend lui-même le bras.) Ah! c'est moi. Mon esprit est troublé, et j'ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas! mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami! on m'a privé de toi; et puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie; tout est Fini pour moi, et je n'ai plus que faire au monde: sans toi, il m'est impossible de vivre. C'en est fait, je n'en puis plus; je me meurs, je suis mort, je suis enterré. N'y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m'apprenant qui l'a pris? Euh? que dites-vous? Ce n'est personne. Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait épié l'heure; et l'on a choisi justement le temps que je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice, et faire donner la question à toute la maison: à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Eh! de quoi est-ce qu'on parle là? De celui qui m'a dérobé? Quel bruit fait-on là-haut? Est-ce mon voleur qui y est? De grâce, si l'on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l'on m'en dise. N'est-il point caché là parmi vous? Ils me regardent tous, et se mettent à rire. Vous verrez qu'ils ont part sans doute au vol que l'on m'a fait. Allons vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des gênes, des potences et des bourreaux. Je veux faire pendre tout le monde; et si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après
ACTE V, Scène première
Scène II
MAÎTRE JACQUES, HARPAGON, LE COMMISSAIRE, son CLERC.
MAÎTRE JACQUES, au bout du théâtre, en se retourdanr du côté dont il sort: Je m'en vais revenir. Qu'on me l'égorge tout à l'heure; qu'on me lui fasse griller les pieds, qu'on me le mette dans l'eau bouillante, et qu'on me le pende au plancher.
HARPAGON: Qui? Celui qui m'a dérobé?
MAÎTRE JACQUES: Je parle d'un cochon de lait que votre intendant me vient d'envoyer, et je veux vous l'accommoder à ma fantaisie.
HARPAGON: Il n'est pas question de cela; et voilà Monsieur, à qui il faut parler d'autre chose.
LE COMMISSAIRE: Ne vous épouvantez point. Je suis homme à ne vous point scandaliser, et les choses iront dans la douceur.
MAÎTRE JACQUES: Monsieur est de votre souper?
LE COMMISSAIRE: Il faut ici, mon cher ami, ne rien cacher à votre maître.
MAÎTRE JACQUES: Ma foi! Monsieur, je montrerai tout ce que je sais faire, et je vous traiterai du mieux qu'il me sera possible.
HARPAGON: Ce n'est pas là l'affaire.
MAÎTRE JACQUES: Si je ne vous fais pas aussi bonne chère que je voudrais, c'est la faute de Monsieur votre intendant, qui m'a rogné les ailes avec les ciseaux de son économie.
HARPAGON: Traître, il s'agit d'autre chose que de souper; et je veux que tu me dises des nouvelles de l'argent qu'on m'a pris.
MAÎTRE JACQUES: On vous a pris de l'argent?
HARPAGON: Oui, coquin; et je m'en vais te faire pendre, si tu ne me le rends.
LE COMMISSAIRE: Mon Dieu! ne le maltraitez point. Je vois à sa mine qu'il est honnête homme, et que sans se faire mettre en prison, il vous découvrira ce que vous voulez savoir. Oui, mon ami, si vous nous confessez la chose, il ne vous sera fait aucun mal, et vous serez récompensé comme il faut par votre maître. On lui a pris aujourd'hui son argent, et il n'est pas que vous ne sachiez quelques nouvelles de cette affaire.
MAÎTRE JACQUES, à part: Voici justement ce qu'il me faut pour me venger de notre intendant: depuis qu'il est entré céans, il est le favori, on n'écoute que ses conseils; et j'ai aussi sur le cœur les coups de bâton de tantôt.
HARPAGON: Qu'as-tu à ruminer?
LE COMMISSAIRE: Laissez-le faire: il se prépare à vous contenter, et je vous ai bien dit qu'il était honnête homme.
MAÎTRE JACQUES: Monsieur, si vous voulez que je vous dise les choses, je crois que c'est Monsieur votre cher intendant qui a fait le coup.
HARPAGON: Valère?
MAÎTRE JACQUES: Oui.
HARPAGON: Lui, qui me paraît si fidèle?
MAÎTRE JACQUES: Lui-même. Je crois que c'est lui qui vous a dérobé.
HARPAGON: Et sur quoi le crois-tu?
MAÎTRE JACQUES: Sur quoi?
HARPAGON: Oui.
MAÎTRE JACQUES: Je le crois. Sur ce que je le crois.
LE COMMISSAIRE: Mais il est nécessaire de dire les indices que vous avez.
HARPAGON: L'as-tu vu rôder autour du lieu où j'avais mis mon argent?
MAÎTRE JACQUES: Oui, vraiment. Où était-il votre argent?
HARPAGON: Dans le jardin.
MAÎTRE JACQUES: Justement: je l'ai vu rôder dans le jardin. Et dans quoi est-ce que cet argent était?
HARPAGON: Dans une cassette.
MAÎTRE JACQUES: Voilà l'affaire: je lui ai vu une cassette.
HARPAGON: Et cette cassette, comment est-elle faite? Je verrai bien si c'est la mienne.
MAÎTRE JACQUES: Comment elle est faite?
HARPAGON: Oui.
MAÎTRE JACQUES: Elle est faite. Elle est faite comme une cassette.
LE COMMISSAIRE: Cela s'entend. Mais dépeignez-la un peu, pour voir.
MAÎTRE JACQUES: C'est une grande cassette.
HARPAGON: Celle qu'on m'a volée est petite.
MAÎTRE JACQUES: Eh! oui, elle est petite, si on le veut prendre par là; mais je l'appelle grande pour ce qu'elle contient.
LE COMMISSAIRE: Et de quelle couleur est-elle?
MAÎTRE JACQUES: De quelle couleur?
LE COMMISSAIRE: Oui.
MAÎTRE JACQUES: Elle est de couleur. là, d'une certaine couleur. Ne sauriez-vous m'aider à dire?
HARPAGON: Euh?
MAÎTRE JACQUES: N'est-elle pas rouge?
HARPAGON: Non, grise.
MAÎTRE JACQUES: Eh! oui, gris-rouge: c'est ce que je voulais dire.
HARPAGON: Il n'y a point de doute: c'est elle assurément. Ecrivez, Monsieur, écrivez sa déposition. Ciel! à qui désormais se fier? Il ne faut plus jurer de rien; et je crois après cela que je suis homme à me voler moi-même.
MAÎTRE JACQUES: Monsieur, le voici qui revient. Ne lui allez pas dire au moins que c'est moi qui vous ai découvert cela.
Scène III
VALÈRE, HARPAGON, LE COMMISSAIRE, son CLERC, MAÎTRE JACQUES.
HARPAGON: Approche: viens confesser l'action la plus noire, l'attentat le plus horrible qui jamais ait été commis.
VALÈRE: Que voulez-vous, Monsieur?
HARPAGON: Comment, traître, tu ne rougis pas de ton crime?
VALÈRE: De quel crime voulez-vous donc parler?
HARPAGON: De quel crime je veux parler, infâme? Comme si tu ne savais pas ce que je veux dire. C'est en vain que tu prétendrais de le déguiser: l'affaire est découverte, et l'on vient de m'apprendre tout. Comment abuser ainsi de ma bonté, et s'introduire exprès chez moi pour me trahir? pour me jouer un tour de cette nature?
VALÈRE: Monsieur, puisqu'on vous a découvert tout, je ne veux point chercher de détours et vous nier la chose.
MAÎTRE JACQUES: Oh, oh! aurais-je deviné sans y penser?
VALÈRE: C'était mon dessein de vous en parler, et je voulais attendre pour cela des conjonctures favorables; mais puisqu'il est ainsi, je vous conjure de ne vous point fâcher, et de vouloir entendre mes raisons.
HARPAGON: Et quelles belles raisons peux-tu me donner, voleur infâme?
VALÈRE: Ah! Monsieur, je n'ai pas mérité ces noms. Il est vrai que j'ai commis une offense envers vous; mais, après tout, ma faute est pardonnable.
HARPAGON: Comment, pardonnable? Un guet-apens? un assassinat de la sorte?
VALÈRE: De grâce, ne vous mettez point en colère. Quand vous m'aurez ouï, vous verrez que le mal n'est pas si grand que vous le faites.
HARPAGON: Le mal n'est pas si grand que je le fais! Quoi? mon sang, mes entrailles, pendard?
VALÈRE: Votre sang, Monsieur, n'est pas tombé dans de mauvaises mains. Je suis d'une condition à ne lui point faire de tort, et il n'y a rien en tout ceci que je ne puisse bien réparer.
HARPAGON: C'est bien mon intention, et que tu me restitues ce que tu m'as ravi.
VALÈRE: Votre honneur, Monsieur, sera pleinement satisfait.
HARPAGON: Il n'est pas question d'honneur là-dedans. Mais, dis-moi, qui t'a porté à cette action?
VALÈRE: Hélas! me le demandez-vous?
HARPAGON: Oui, vraiment, je te le demande.
VALÈRE: Un dieu qui porte les excuses de tout ce qu'il fait faire: l'Amour.
HARPAGON: L'amour?
VALÈRE: Oui.
HARPAGON: Bel amour, bel amour, ma foi! L'amour de mes louis d'or.
VALÈRE: Non, Monsieur, ce ne sont point vos richesses qui m'ont tenté; ce n'est pas cela qui m'a ébloui, et je proteste de ne prétendre rien à tous vos biens, pourvu que vous me laissiez celui que j'ai.
HARPAGON: Non ferai, de par tous les diables! je ne te le laisserai pas. Mais voyez quelle insolence de vouloir retenir le vol qu'il m'a fait!
VALÈRE: Appelez-vous cela un vol?
HARPAGON: Si je l'appelle un vol? Un trésor comme celui-là!
VALÈRE: C'est un trésor, il est vrai, et le plus précieux que vous ayez sans doute; mais ce ne sera pas le perdre que de me le laisser. Je vous le demande à genoux, ce trésor plein de charmes; et pour bien faire, il faut que vous me l'accordiez.
HARPAGON: Je n'en ferai rien. Qu'est-ce à dire cela?
VALÈRE: Nous nous sommes promis une foi mutuelle, et avons fait serment de ne nous point abandonner.
HARPAGON: Le serment est admirable, et la promesse plaisante!
VALÈRE: Oui, nous nous sommes engagés d'être l'un à l'autre à jamais.
HARPAGON: Je vous en empêcherai bien, je vous assure.
VALÈRE: Rien que la mort ne nous peut séparer.
HARPAGON: C'est être bien endiablé après mon argent.
VALÈRE: Je vous ai déjà dit, Monsieur, que ce n'était point l'intérêt qui m'avait poussé à faire ce que j'ai fait. Mon cœur n'a point agi par les ressorts que vous pensez, et un motif plus noble m'a inspiré cette résolution.
HARPAGON: Vous verrez que c'est par charité chrétienne qu'il veut avoir mon bien; mais j'y donnerai bon ordre; et la justice, pendard effronté, me va faire raison de tout.
VALÈRE: Vous en userez comme vous voudrez, et me voilà prêt à souffrir toutes les violences qu'il vous plaira; mais je vous prie de croire, au moins, que, s'il y a du mal, ce n'est que moi qu'il en faut accuser, et que votre fille en tout ceci n'est aucunement coupable.
HARPAGON: Je le crois bien, vraiment; il serait fort étrange que ma fille eût trempé dans ce crime. Mais je veux ravoir mon affaire, et que tu me confesses en quel endroit tu me l'as enlevée.
VALÈRE: Moi? je ne l'ai point enlevée, et elle est encore chez vous.
HARPAGON: Ô ma chère cassette! Elle n'est point sortie de ma maison?
VALÈRE: Non, Monsieur.
HARPAGON: Hé! dis-moi donc un peu: tu n'y as point touché?
VALÈRE: Moi, y toucher? Ah! vous lui faites tort, aussi bien qu'à moi; et c'est d'une ardeur toute pure et respectueuse que j'ai brûlé pour elle.
HARPAGON: Brûlé pour ma cassette!
VALÈRE: J'aimerais mieux mourir que de lui avoir fait paraître aucune pensée offensante: elle est trop sage et trop honnête pour cela.
HARPAGON: Ma cassette trop honnête!
VALÈRE: Tous mes désirs se sont bornés à jouir de sa vue; et rien de criminel n'a profané la passion que ses beaux yeux m'ont inspirée.
HARPAGON: Les beaux yeux de ma cassette! Il parle d'elle comme un amant d'une maîtresse.
VALÈRE: Dame Claude, Monsieur, sait la vérité de cette aventure, et elle vous peut rendre témoignage.
HARPAGON: Quoi? ma servante est complice de l'affaire?
VALÈRE: Oui, Monsieur, elle a été témoin de notre engagement; et c'est après avoir connu l'honnêteté de ma flamme, qu'elle m'a aidé à persuader votre fille de me donner sa foi, et recevoir la mienne.
HARPAGON: Eh? est-ce que la peur de la justice le fait extravaguer? Que nous brouilles-tu ici de ma fille?
VALÈRE: Je dis, Monsieur, que j'ai eu toutes les peines du monde à faire consentir sa pudeur à ce que voulait mon amour.
HARPAGON: La pudeur de qui?
VALÈRE: De votre fille; et c'est seulement depuis hier qu'elle a pu se résoudre à nous signer mutuellement une promesse de mariage.
HARPAGON: Ma fille t'a signé une promesse de mariage!
VALÈRE: Oui, Monsieur, comme de ma part je lui en ai signé une.
HARPAGON: Ô Ciel! autre disgrâce!
MAÎTRE JACQUES: Écrivez, Monsieur, écrivez.
HARPAGON: Rengrègement de mal! surcroît de désespoir! Allons, Monsieur, faites le dû de votre charge, et dressez-lui-moi son procès, comme larron, et comme suborneur.
MAÎTRE JACQUES: Comme larron et comme suborneur.
VALÈRE: Ce sont des noms qui ne me sont point dus; et quand on saura qui je suis.
Scène IV
ÉLISE, MARIANE, FROSINE, HARPAGON, VALÈRE, MAÎTRE JACQUES, LE COMMISSAIRE, son CLERC.
HARPAGON: Ah! fille scélérate! fille indigne d'un père comme moi! c'est ainsi que tu pratiques les leçons que je t'ai données? Tu te laisses prendre d'amour pour un voleur infâme, et tu lui engages ta foi sans mon consentement? Mais vous serez trompés l'un et l'autre. Quatre bonnes murailles me répondront de ta conduite; et une bonne potence me fera raison de ton audace.
VALÈRE: Ce ne sera point votre passion qui jugera l'affaire; et l'on m'écoutera, au moins, avant que de me condamner.
HARPAGON: Je me suis abusé de dire une potence, et tu seras roué tout vif.
ÉLISE, à genoux devant son père: Ah! mon père, montrez des sentiments un peu plus humains, je vous prie, et n'allez point pousser les choses dans les dernières violences du pouvoir paternel. Ne vous laissez point entraîner aux premiers mouvements de votre passion, et donnez-vous le temps de considérer ce que vous voulez faire. Prenez la peine de mieux voir celui dont vous vous offensez: il est tout autre que vos yeux ne le jugent; et vous trouverez moins étrange que je me sois donnée à lui, lorsque vous saurez que sans lui vous ne m'auriez plus il y a longtemps. Oui, mon père, c'est celui qui me sauva de ce grand péril que vous savez que je courus dans l'eau, et à qui vous devez la vie de cette même fille dont...
HARPAGON: Tout cela n'est rien; et il valait bien mieux pour moi qu'il te laissât noyer que de faire ce qu'il a fait.
ÉLISE: Mon père, je vous conjure, par l'amour paternel, de me...
HARPAGON: Non, non, je ne veux rien entendre; et il faut que la justice fasse son devoir.
MAÎTRE JACQUES: Tu me payeras mes coups de bâton.
FROSINE: Voici un étrange embarras.
Scène V
ANSELME, HARPAGON, ÉLISE, MARIANE, VALÈRE, FROSINE, MAÎTRE JACQUES, LE COMMISSAIRE, son CLERC.
ANSELME: Qu'est-ce, seigneur Harpagon? Je vous vois tout ému.
HARPAGON: Ah! seigneur Anselme, vous me voyez le plus infortuné de tous les hommes; et voici bien du trouble et du désordre au contrat que vous venez faire! On m'assassine dans le bien, on m'assassine dans l'honneur; et voilà un traître, un scélérat, qui a violé tous les droits les plus saints, qui s'est coulé chez moi sous le titre de domestique, pour me dérober mon argent et pour me suborner ma fille.
VALÈRE: Qui songe à votre argent, dont vous me faites un galimatias?
HARPAGON: Oui, ils se sont donné l'un et l'autre une promesse de mariage. Cet affront vous regarde, seigneur Anselme, et c'est vous qui devez vous rendre partie contre lui, et faire à vos dépens toutes les poursuites de la justice, pour vous venger de son insolence.
ANSELME: Ce n'est pas mon dessein de me faire épouser par force, et de rien prétendre à un cœur qui se serait donné; mais pour vos intérêts, je suis prêt à les embrasser ainsi que les miens propres.
HARPAGON: Voilà Monsieur qui est un honnête commissaire, qui n'oubliera rien, à ce qu'il m'a dit, de la fonction de son office. Chargez-le comme il faut, Monsieur, et rendez les choses bien criminelles.
VALÈRE: Je ne vois pas quel crime on me peut faire de la passion que j'ai pour votre fille; et le supplice où vous croyez que je puisse être condamné pour notre engagement, lorsqu'on saura ce que je suis.
HARPAGON: Je me moque de tous ces contes; et le monde aujourd'hui n'est plein que de ces larrons de noblesse, que de ces imposteurs, qui tirent avantage de leur obscurité, et s'habillent insolemment du premier nom illustre qu'ils s'avisent de prendre.
VALÈRE: Sachez que j'ai le cœur trop bon pour me parer de quelque chose qui ne soit point à moi, et que tout Naples peut rendre témoignage de ma naissance.
ANSELME: Tout beau! prenez garde à ce que vous allez dire. Vous risquez ici plus que vous ne pensez; et vous parlez devant un homme à qui tout Naples est connu, et qui peut aisément voir clair dans l'histoire que vous ferez.
VALÈRE, en mettant fièrement son chapeau: Je ne suis point homme à rien craindre, et si Naples vous est connu, vous savez qui était Dom Thomas d'Alburcy.
ANSELME: Sans doute, je le sais; et peu de gens l'ont connu mieux que moi.
HARPAGON: Je ne me soucie ni de Dom Thomas ni de Dom Martin.
Voyant deux chandelles allumées, il en souffle une.
ANSELME: De grâce, laissez-le parler, nous verrons ce qu'il en veut dire.
VALÈRE: Je veux dire que c'est lui qui m'a donné le jour.
ANSELME: Lui?
VALÈRE: Oui.
ANSELME: Allez; vous vous moquez. Cherchez quelque autre histoire, qui vous puisse mieux réussir, et ne prétendez pas vous sauver sous cette imposture.
VALÈRE: Songez à mieux parler. Ce n'est point une imposture; et je n'avance rien ici qu'il ne me soit aisé de justifier.
ANSELME: Quoi? vous osez vous dire fils de Dom Thomas d'Alburcy?
VALÈRE: Oui, je l'ose; et je suis prêt de soutenir cette vérité contre qui que ce soit.
ANSELME: L'audace est merveilleuse. Apprenez, pour vous confondre, qu'il y a seize ans pour le moins que l'homme dont vous nous parlez périt sur mer avec ses enfants et sa femme, en voulant dérober leur vie aux cruelles persécutions qui ont accompagné les désordres de Naples, et qui en firent exiler plusieurs nobles familles.
VALÈRE: Oui; mais apprenez, pour vous confondre, vous, que son fils, âgé de sept ans, avec un domestique, fut sauvé de ce naufrage par un vaisseau espagnol, et que ce fils sauvé est celui qui vous parle; apprenez que le capitaine de ce vaisseau, touché de ma fortune, prit amitié pour moi; qu'il me fit élever comme son propre fils, et que les armes furent mon emploi dès que je m'en trouvai capable; que j'ai su depuis peu que mon père n'était point mort, comme je l'avais toujours cru; que passant ici pour l'aller chercher, une aventure, par le Ciel concertée, me fit voir la charmante Élise; que cette vue me rendit esclave de ses beautés; et que la violence de mon amour, et les sévérités de son père, me firent prendre la résolution de m'introduire dans son logis, et d'envoyer un autre à la quête de mes parents.
ANSELME: Mais quels témoignages encore, autres que vos paroles, nous peuvent assurer que ce ne soit point une fable que vous ayez bâtie sur une vérité?
VALÈRE: Le capitaine espagnol; un cachet de rubis qui était à mon père; un bracelet d'agate que ma mère m'avait mis au bras; le vieux Pedro, ce domestique qui se sauva avec moi du naufrage.
MARIANE: Hélas! à vos paroles je puis ici répondre, moi, que vous n'imposez point; et tout ce que vous dites me fait connaître clairement que vous êtes mon frère.
VALÈRE: Vous ma sœur?
MARIANE: Oui. Mon cœur s'est ému dès le moment que vous avez ouvert la bouche; et notre mère, que vous allez ravir, m'a mille fois entretenue des disgrâces de notre famille. Le Ciel ne nous fit point aussi périr dans ce triste naufrage; mais il ne nous sauva la vie que par la perte de notre liberté; et ce furent des corsaires qui nous recueillirent, ma mère et moi, sur un débris de notre vaisseau. Après dix ans d'esclavage, une heureuse fortune nous rendit notre liberté, et nous retournâmes dans Naples, où nous trouvâmes tout notre bien vendu, sans y pouvoir trouver des nouvelles de notre père. Nous passâmes à Gênes, où ma mère alla ramasser quelques malheureux restes d'une succession qu'on avait déchirée; et de là, fuyant la barbare injustice de ses parents, elle vint en ces lieux, où elle n'a presque vécu que d'une vie languissante.
ANSELME: Ô Ciel! quels sont les traits de ta puissance! et que tu fais bien voir qu'il n'appartient qu'à toi de faire des miracles! Embrassez-moi, mes enfants, et mêlez tous deux vos transports à ceux de votre père.
VALÈRE: Vous êtes notre père?
MARIANE: C'est vous que ma mère a tant pleuré?
ANSELME: Oui, ma fille, oui, mon fils, je suis Dom Thomas d'Alburcy, que le Ciel garantit des ondes avec tout l'argent qu'il portait, et qui vous ayant tous crus morts durant plus de seize ans, se préparait, après de longs voyages, à chercher dans l'hymen d'une douce et sage personne la consolation de quelque nouvelle famille. Le peu de sûreté que j'ai vu pour ma vie à retourner à Naples, m'a fait y renoncer pour toujours; et ayant su trouver moyen d'y faire vendre ce que j'y avais, je me suis habitué ici, où, sous le nom d'Anselme, j'ai voulu m'éloigner les chagrins de cet autre nom qui m'a causé tant de traverses.
HARPAGON: C'est là votre fils?
ANSELME: Oui.
HARPAGON: Je vous prends à partie, pour me payer dix mille écus qu'il m'a volés.
ANSELME: Lui, vous avoir volé?
HARPAGON: Lui-même.
VALÈRE: Qui vous dit cela?
HARPAGON: Maître Jacques.
VALÈRE: C'est toi qui le dis?
MAÎTRE JACQUES: Vous voyez que je ne dis rien.
HARPAGON: Oui: voilà monsieur le commissaire qui a reçu sa déposition.
VALÈRE: Pouvez-vous me croire capable d'une action si lâche?
HARPAGON: Capable ou non capable, je veux ravoir mon argent.
Scène VI
CLÉANTE, VALÈRE, MARIANE, ÉLISE, FROSINE, HARPAGON, ANSELME, MAÎTRE JACQUES, LA FLÈCHE, LE COMMISSAIRE, son CLERC.
CLÉANTE: Ne vous tourmentez point, mon père, et n'accusez personne. J'ai découvert des nouvelles de votre affaire, et je viens ici pour vous dire que, si vous voulez vous résoudre à me laisser épouser Mariane, votre argent vous sera rendu.
HARPAGON: Où est-il?
CLÉANTE: Ne vous en mettez point en peine: il est en lieu dont je réponds, et tout ne dépend que de moi. C'est à vous de me dire à quoi vous vous déterminez; et vous pouvez choisir, ou de me donner Mariane, ou de perdre votre cassette.
HARPAGON: N'en a-t-on rien ôté?
CLÉANTE: Rien du tout. Voyez si c'est votre dessein de souscrire à ce mariage, et de joindre votre consentement à celui de sa mère, qui lui laisse la liberté de faire un choix entre nous deux.
MARIANE: Mais vous ne savez pas que ce n'est pas assez que ce consentement, et que le Ciel, avec un frère que vous voyez, vient de me rendre un père dont vous avez à m'obtenir.
ANSELME: Le Ciel, mes enfants, ne me redonne point à vous pour être contraire à vos vœux. Seigneur Harpagon, vous jugez bien que le choix d'une jeune personne tombera sur le fils plutôt que sur le père. Allons, ne vous faites point dire ce qu'il n'est point nécessaire d'entendre, et consentez ainsi que moi à ce double hyménée.
HARPAGON: Il faut, pour me donner conseil, que je voie ma cassette.
CLÉANTE: Vous la verrez saine et entière.
HARPAGON: Je n'ai point d'argent à donner en mariage à mes enfants.
ANSELME: Hé bien! j'en ai pour eux; que cela ne vous inquiète point.
HARPAGON: Vous obligerez-vous à faire tous les frais de ces deux mariages?
ANSELME: Oui, je m'y oblige: êtes-vous satisfait?
HARPAGON: Oui, pourvu que pour les noces vous me fassiez faire un habit.
ANSELME: D'accord. Allons jouir de l'allégresse que cet heureux jour nous présente.
LE COMMISSAIRE: Holà! Messieurs, holà! tout doucement, s'il vous plaît: qui me payera mes écritures?
HARPAGON: Nous n'avons que faire de vos écritures.
LE COMMISSAIRE: Oui! mais je ne prétends pas, moi, les avoir faites pour rien.
HARPAGON: Pour votre paiement, voilà un homme que je vous donne à pendre.
MAÎTRE JACQUES: Hélas! comment faut-il donc faire? On me donne des coups de bâton pour dire vrai, et on me veut pendre pour mentir.
ANSELME: Seigneur Harpagon, il faut lui pardonner cette imposture.
HARPAGON: Vous payerez donc le commissaire?
ANSELME: Soit. Allons vite faire part de notre joie à votre mère.
HARPAGON: Et moi, voir ma chère cassette.
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Atto II
Atto III
Atto IV
Atto V
PERSONAGGI
ARPAGONE, padre di Cleante e di Elisa, e pretendente di Mariana
CLEANTE, figlio di Arpagone, e innamorato di Mariana
ELISA, figlia di Arpagone, e innamorata di Valerio
VALERIO, figlio di Anselmo, e innamorato di Elisa
MARIANA, innamorata di Cleante, e amata da Arpagone
ANSELMO, padre di Valerio e di Mariana
FROSINA, faccendiera
MASTRO SIMONE, mediatore
MASTRO GIACOMO, cuoco e cocchiere di Arpagone
FRECCIA, servitore di Cleante
DONNA CLAUDIA, domestica di Arpagone
GRAN D'AVENA
STOCCAFISSO, lacchè di Arpagone
IL COMMISSARIO E IL SUO AIUTANTE
La scena è a Parigi.
ATTO I
Scena I
Valerio, Elisa
VALERIO
Ma come? bellissima Elisa, dopo le gentili assicurazioni che avete avuto la bontà di darmi sulla vostra fedeltà, vi fate ora malinconica? Vi vedo, ahimè! sospirare, mentre la mia gioia è al sommo. Vi siete pentita, ditemi, di avermi fatto felice, vi dispiace che il mio ardore vi abbia in qualche modo obbligata a dare la vostra parola?
ELISA
No, Valerio, non posso pentirmi di ciò che ho fatto per voi. Troppo dolce è il potere che mi tiene avvinta, e non ho nemmeno la forza di pensare che le cose possano essere diverse. Ma, a dire il vero, sono inquieta per ciò che accadrà, e temo di amarvi un po' più di quanto non dovrei.
VALERIO
Oh! che cosa potete temere, Elisa, dal bene che mi volete?
ELISA
Ahimè! cento cose in una: le ire di un padre, i rimproveri dei parenti, le riprovazioni della gente; ma più di tutto, Valerio, il vostro cuore mutato, e quella freddezza colpevole con la quale le persone del vostro sesso ripagano sovente le testimonianze troppo ardenti di un amore innocente.
VALERIO
Ah! non fatemi il torto di giudicare me attraverso gli altri. Abbiate pure nei miei confronti ogni sospetto, Elisa, ma non pensate ch'io venga meno a ciò che vi è dovuto. Vi amo troppo, per questo, e l'amore che ho per voi durerà quanto la vita.
ELISA
Ah! Valerio, fate i discorsi di tutti. Gli uomini sono sempre gli stessi, per le parole che dicono; soltanto le azioni li fanno diversi.
VALERIO
Poiché soltanto le azioni ci fanno conoscere per quel che siamo, aspettate ch'io le commetta per giudicare il mio cuore. Non cercate misfatti in ciò che è soltanto un ingiusto timore nato dalle vostre nere previsioni. Non uccidetemi, vi prego, coi penosi colpi di una sfiducia che mi oltraggia e datemi il tempo di convincervi, ve ne darò mille prove! che il mio ardore è onesto.
ELISA
Ahimè! come ci si lascia persuadere facilmente quando si ama. Sì, Valerio, ritengo che il vostro cuore non sia capace di ingannarmi. Voi mi amate di vero amore e sono convinta che mi sarete fedele; non voglio più avere dubbi e limiterò il mio cruccio alle apprensioni che mi verranno dall'essere biasimata.
VALERIO
Ma perché una tale inquietudine?
ELISA
Non avrei nulla da temere, se tutti vi vedessero con gli occhi miei; io trovo nella vostra persona ottime ragioni per approvare quel che faccio. Il mio cuore, in sua difesa, può addurre i tanti meriti che vi vengono riconosciuti, ed è confortato in questo dalla gratitudine a cui il Cielo mi obbliga. Rivedo ad ogni istante la brutta avventura che ci mise di fronte la prima volta; la stupenda generosità con la quale avete rischiato la vostra vita, perché la mia fosse strappata al furore delle onde, le cure affettuose che mi avete prodigato dopo avermi tratto dall'acqua, e gli omaggi assidui di un ardente amore che il tempo e le difficoltà non hanno scalfito e che, facendovi trascurare patria e genitori, trattiene i vostri passi in questi luoghi, mantiene in mio onore dissimulata la vostra condizione e vi ha costretto, per potermi vedere, a celarvi sotto le spoglie di un dipendente di mio padre. Tutto questo, non c'è dubbio, fa su di me una meravigliosa impressione; e basta, per quel che mi riguarda, a giustificare la promessa che ho voluto farvi; non la giustifica però, credo, presso gli altri, e non sono affatto sicura che i miei sentimenti siano approvati.
VALERIO
Di tutto quel che avete detto, solo il mio amore pretende di avere qualche merito ai vostri occhi; e quanto agli scrupoli che avete, vostro padre medesimo si prende fin troppa cura di dissiparli di fronte al mondo; gli eccessi della sua avarizia e la vita austera che conduce coi suoi figli, potrebbero autorizzare decisioni ben più gravi. Perdonatemi, bellissima Elisa, se parlo in questi termini davanti a voi. Ma sapete che a questo proposito dir bene di lui non è possibile. Infine, se potrò, come spero, ritrovare i miei genitori, otterremo la sua approvazione senza troppe difficoltà. Aspetto notizie con impazienza e se tardassero ad arrivare andrò io stesso a cercarle.
ELISA
Ah! Valerio, ve ne prego, non muovetevi di qui; e pensate soltanto a conquistare la benevolenza di mio padre.
VALERIO
Vedete come mi do da fare e quante maniere compiacenti ho astutamente messo in atto per entrare al suo servizio; sotto quale maschera di simpatia e di rapporti amichevoli io mi occulto per essergli gradito, e quale personaggio io fingo di essere con lui tutti i giorni, al fine di guadagnarne l'affetto. Faccio meravigliosi progressi; e mi rendo conto che per conquistare gli uomini non esiste via migliore che l'ammantarsi delle loro inclinazioni, ripetere le loro massime, incensare i loro difetti e applaudire tutto ciò che fanno. E non si deve nemmeno temere di essere troppo compiacenti; il modo di abbindolarli può essere palese finche si vuole, le persone più perspicaci diventano poveri allocchi di fronte all'adulazione; e non c'è nulla di tanto impertinente e di tanto ridicolo che non si riesca a far trangugiare quando è preparato con la salsa della lode. Col mestiere che mi tocca fare, la sincerità ne va un tantino di mezzo; ma quando si ha bisogno di un nostro simile, bisogna pure adeguarsi; e poiché non lo si potrebbe conquistare in altro modo, la colpa non ricade sugli adulatori ma su coloro che vogliono essere adulati.
ELISA
Ma perché non tentate anche di guadagnarvi la solidarietà di mio fratello, nel caso che alla cameriera venisse in mente di rivelare il nostro segreto?
VALERIO
Non è possibile badare all'uno e all'altro; padre e figlio hanno idee talmente opposte che è difficile conciliarele confidenze di entrambi. Ma voi dal canto vostro, vedete di influenzare vostro fratello, e servitevi della dimestichezza che esiste fra di voi per piegarlo ai nostri interessi. Ora sta arrivando, io mi ritiro. Approfittate dell'occasione per parlargli; e rivelate della nostra faccenda soltanto ciò che vi sembra strettamente necessario.
ELISA
Non so se avrò il coraggio di fargli questa confidenza.
Scena II
Cleante, Elisa
CLEANTE
Mi fa piacere, sorella, di trovarvi sola; ero impaziente di parlarvi, vi devo confidare un segreto.
ELISA
Sono pronta ad ascoltarvi, fratello. Che cosa mi dovete dire?
CLEANTE
Molte cose, sorella, racchiuse in due parole; sono innamorato.
ELISA
Voi siete innamorato?
CLEANTE
Sì, sono innamorato. Ma prima di procedere oltre su questa strada, so benissimo che dipendo da nostro padre e che la mia qualità di figlio mi sottomette alle sue volontà; che non dobbiamo impegnare la nostra fede senza il consenso di coloro a cui dobbiamo la vita; che il Cielo li ha fatti padroni dei nostri voti e che ci viene ingiunto di disporne soltanto sotto la loro guida; che essi, non soffrendo di alcuna prevenzione dettata da un fervore insensato, si ingannano assai meno di noi e sanno scorgere molto meglio ciò che a noi si addice; che bisogna piuttosto affidarsi ai lumi della loro prudenza che alla cecità della nostra passione; e che l'impeto della giovinezza ci trascina spesso in incresciosi precipizi. Vi dico tutto questo, sorella, affinché non vi prendiate la briga di dirmelo voi stessa; perché in definitiva il mio amore non ascolta ragioni, e pertanto vi prego di non farmi le vostre rimostranze.
ELISA
Avete dato la vostra parola, fratello, a colei che amate?
CLEANTE
No, ma sono risoluto a farlo; e vi scongiuro un'altra volta di non addurre ragioni per dissuadermi.
ELISA
Sono dunque, fratello, una persona tanto bisbetica?
CLEANTE
No, sorella mia, ma voi non siete innamorata; voi ignorate la dolce violenza che un tenero amore fa sui nostri cuori, e temo la vostra saggezza.
ELISA
Ahimè, fratello, non parliamo della mia saggezza. Tutti ne sono privi, almeno una volta nella vita! e se dovessi aprirvi il mio cuore, forse apparirei molto meno saggia di voi.
CLEANTE
Volesse il Cielo che voi, come me...
ELISA
Concludiamo prima l'argomento che vi riguarda, e ditemi chi è colei che amate.
CLEANTE
Una ragazza che abita in questo quartiere da poco, e che sembra fatta apposta per suscitare l'amore in chi la vede. La natura, sorella, non ha creato nulla di più incantevole; mi sono sentito preso non appena l'ho vista. Si chiama Mariana e vive con la vecchia madre, una povera donna quasi sempre malata, alla quale l'incantevole ragazza testimonia un attaccamento che non potete immaginare. La serve, la compiange e la consola con una tenerezza che tocca il cuore. Affronta le cose che deve fare con i modi più accattivanti e in tutto quel che fa splende la grazia, una dolcezza piena di attrattive, una bontà che ti cattura, un'onestà adorabile, una... Ah! sorella mia, vorrei che la vedeste!
ELISA
Vedo già molte cose, fratello, in quel che mi dite; e per capire chi è questa ragazza, mi basta che voi l'amiate.
CLEANTE
Ho scoperto segretamente che non vivono certo negli agi e che riescono a malapena, con il poco di cui dispongono, a far fronte a tutte le esigenze. Figuratevi, sorella, che gioia sarebbe per me poter migliorare le condizioni della persona che amo; poter donare senza che se ne accorga piccole somme per le modeste necessità di una famiglia virtuosa; e pensate con quale disappunto devo verificare che per l'avarizia di un padre mi trovo nell'impossibilità di avere questa gioia e di manifestare all'amato bene tutto il mio amore con una qualche tangibile testimonianza.
ELISA
Sì, fratello mio, credo di capire quale dev'essere il vostro rincrescimento.
CLEANTE
Ah! sorella, è più grande di quanto si può pensare. Perché insomma s'è mai visto niente di più crudele di quellesinarci meticolosamente ogni cosa, di quelle incredibili ristrettezze in cui ci fa languire? A che ci servirà il denaro, se ci toccherà quando non avremo più la bella età per goderne? e se persino per le comuni necessità, devo far debiti da tutte le parti, se sono ridotto come voi a chiedere tutti i giorni l'aiuto dei mercanti per potermi vestire decentemente? Insomma, ho voluto parlarvi perché mi aiutiate a scrutare l'animo di nostro padre intorno ai miei sentimenti; e se si rivela contrario, son risoluto ad andarmene altrove, e a dividere con quella deliziosa creatura la sorte che il Cielo ci vorrà riservare. A questo scopo sto cercando del denaro in prestito; e se la vostra situazione, sorella, è simile alla mia, e se è scritto che nostro padre si opponga ai nostri desideri, lo abbandoneremo entrambi e ci libereremo della tirannia a cui da tanto tempo ci tiene costretti la sua insopportabile avarizia.
ELISA
Non passa giorno, bisogna ammetterlo, che egli non ci offra sempre nuovi motivi per rimpiangere la scomparsa di nostra madre e che...
CLEANTE
Sento la sua voce. Allontaniamoci un momento e terminiamo di farci le nostre confidenze; poi metteremo insieme le forze e cercheremo di mitigare l'asprezza del suo temperamento.
Scena III
Arpagone, Freccia
ARPAGONE
Fuori di qui all'istante, e senza far parola. Forza, sloggiare da questa casa, furfante matricolato, vero pendaglio da forca.
FRECCIA
Non ho mai visto niente di più perfido di questo vecchiaccio maledetto e sono convinto, con rispetto parlando, che abbia il diavolo in corpo.
ARPAGONE
Stai mormorando qualcosa fra i denti.
FRECCIA
Perché mi scacciate?
ARPAGONE
Non sei tu, delinquente, che devi fare domande. Vattene subito, o ti accoppo.
FRECCIA
Che cosa vi ho fatto?
ARPAGONE
Mi hai fatto che devi andare perché lo voglio.
FRECCIA
Il mio padrone, che poi è vostro figlio, mi ha dato l'ordine di aspettarlo.
ARPAGONE
Vai ad aspettarlo nella strada e non rimanere in casa mia dritto come un palo, ad osservare quel che succede, ad approfittare d'ogni occasione. Non voglio avere continuamente davanti a me una spia, un delatore, con quegli occhi maledetti che stanno in agguato su tutte le mie azioni, divorano quel che mi appartiene e frugano dappertutto per vedere se c'è qualcosa da rubare.
FRECCIA
Ma come diavolo volete che si faccia, per derubarvi? Siete un uomo derubabile, voi, che chiudete tutto sotto chiave e fate la sentinella giorno e notte?
ARPAGONE
Io chiudo a chiave tutto quel che mi sembra opportuno, e faccio la sentinella come mi pare e piace. Dimmi tu se non è uno spione, costui, che vigila su tutto quello che faccio! Ho una gran paura che sappia qualcosa del mio denaro. Non sarai mica di quelli, tu, che mettono in giro la voce che ho del denaro nascosto?
FRECCIA
Avete del denaro nascosto?
ARPAGONE
No, manigoldo, non ho detto questo. (A parte) Mi vien rabbia. Ho chiesto se non metterai maliziosamente in giro la voce che ne ho.
FRECCIA
Oh! che importa se ne avete o non ne avete, dal momento che per noi è lo stesso?
ARPAGONE
Rispondi, eh? Ti farò sputare la risposta dalle orecchie. (Alza la mano per dargli uno schiaffo) Te lo ripeto, esci di qui.
FRECCIA
Va bene, esco.
ARPAGONE
Aspetta. Porti via qualcosa?
FRECCIA
Che cosa potrei mai portare via?
ARPAGONE
Vieni qua. Fammi vedere le mani.
FRECCIA
Eccole.
ARPAGONE
Le altre.
FRECCIA
Le altre?
ARPAGONE
Sì.
FRECCIA
Eccole.
ARPAGONE
E lì dentro, che cosa ci hai messo?
FRECCIA
Guardate voi stesso.
ARPAGONE (tastandogli la parte inferiore dei pantaloni)
Pantaloni così ampi sono il ricettacolo adatto per ogni refurtiva; vorrei tanto che avessero fatto impiccare qualcuno.
FRECCIA
Ah! un uomo come questo meriterebbe che gli capitasse proprio la cosa che teme! e quanto mi piacerebbe derubarlo.
ARPAGONE
Eh?
FRECCIA
Come?
ARPAGONE
Che cosa stai dicendo sul derubare?
FRECCIA
Sto dicendo che dovete frugare bene dappertutto, per vedere se vi ho derubato.
ARPAGONE
È quel che voglio fare.
Fruga nelle tasche di Freccia.
FRECCIA
Peste all'avarizia e agli avari!
ARPAGONE
Come? Che cosa stai dicendo?
FRECCIA
Che cosa sto dicendo?
ARPAGONE
Sì, che cosa stai dicendo dell'avarizia e degli avari?
FRECCIA
Sto dicendo; peste all'avarizia e agli avari.
ARPAGONE
Di chi intendi parlare?
FRECCIA
Degli avari.
ARPAGONE
E chi sono questi avari?
FRECCIA
I taccagni e i pitocchi.
ARPAGONE
Ma a chi ti riferisci?
FRECCIA
Di che cosa vi preoccupate?
ARPAGONE
Mi preoccupo di quel che bisogna.
FRECCIA
Credete che voglia parlare di voi?
ARPAGONE
Credo quel che credo; ma voglio che tu mi dica a chi stai parlando quando dici queste cose.
FRECCIA
Sto parlando... al berretto che mi metto in capo.
ARPAGONE
E se gli dessi una lavata, al tuo capo?
FRECCIA
Mi proibite di maledire gli avari?
ARPAGONE
No, ma ti proibisco di spettegolare e di essere insolente. Sta' zitto.
FRECCIA
Non ho fatto nomi.
ARPAGONE
Ti sfascio il grugno, se parli.
FRECCIA
A buon intenditor poche parole.
ARPAGONE
Vuoi stare zitto?
FRECCIA
Sì, malvolentieri.
ARPAGONE
Ah, ah, ah!
FRECCIA (mostrandogli una tasca del giustacuore)
Ecco, c'è un'altra tasca; siete contento?
ARPAGONE
Su, restituisci e rinuncio alla perquisizione.
FRECCIA
Restituire cosa?
ARPAGONE
Quel che m'hai preso.
FRECCIA
Io non ho preso niente di niente.
ARPAGONE
Sicuro?
FRECCIA
Sicuro.
ARPAGONE
Addio, vattene al diavolo.
FRECCIA
Magnifico congedo davvero.
ARPAGONE
Ne affido il giudizio alla tua coscienza. Ecco un delinquente di servitore che mi procura dei fastidi, non mi diverte affatto vedermi attorno questo cane zoppo.
Scena IV
Elisa, Cleante, Arpagone
ARPAGONE
Certo, non è un guaio da poco il tenere nascosto tanto denaro; beato chi ha ben sistemato tutto il suo e si tiene soltanto il necessario per vivere. Non è una piccola impresa dover improvvisare in una casa un nascondiglio sicuro; sulle casseforti nutro molti dubbi e non mi fido davvero: secondo me sono un'autentica esca per i ladri, è la prima cosa a cui mettono mano. E tuttavia non so se ho fatto bene a seppellire in giardino i diecimila scudi che mi hanno restituito ieri. Diecimila scudi d'oro chiusi in casa è una somma abbastanza...
Fratello e sorella compaiono parlando sottovoce.
O Cielo! Non mi sarò tradito da me? Nell'esuberanza, mi sono lasciato andare e parlando da solo devo avere alzato la voce. Che c'è
CLEANTE
Nulla, padre mio.
ARPAGONE
Siete lì da molto?
ELISA
Arriviamo in questo momento.
ARPAGONE
Avete forse ascoltato...
CLEANTE
Che cosa, padre mio?
ARPAGONE
Stando lì...
ELISA
Che cosa?
ARPAGONE
Quel che stavo dicendo.
CLEANTE
No.
ARPAGONE
Parlo sul serio.
ELISA
Perdonatemi.
ARPAGONE
Ho già capito che avete sentito qualche parola. Stavo facendo considerazioni fra me e me sulla fatica che si fa oggi a trovare del denaro e mi dicevo: beato chi può avere in casa diecimila scudi.
CLEANTE
Non osavamo avvicinarci, nel timore di interrompervi.
ARPAGONE
Mi fa piacere potervelo dire: non abbiate a fraintendere, e a mettervi in mente che stavo dicendo che sono io che ho diecimila scudi.
CLEANTE
Noi non entriamo negli affari vostri.
ARPAGONE
Volesse il Cielo che avessi diecimila scudi!
CLEANTE
Non credo...
ARPAGONE
Sarebbe un gran fatto per me.
ELISA
Queste son cose...
ARPAGONE
Ne avrei tanto bisogno.
CLEANTE
Penso che...
ARPAGONE
Sarei un signore.
ELISA
Voi siete...
ARPAGONE
E non mi lamenterei, come faccio, della tristizia dei tempi.
CLEANTE
Santo Cielo! non avete ragione di lamentarvi, padre mio; lo sanno tutti che siete benestante.
ARPAGONE
Come? Benestante io? Chi lo dice è un mentitore. Non c'è niente di più falso; è una voce messa in giro da manigoldi.
ELISA
Non andate in collera.
ARPAGONE
È orrendo che proprio i miei figli mi tradiscano e diventino miei nemici.
CLEANTE
Dire che siete benestante significa essere vostro nemico?
ARPAGONE
Sì, questi discorsi e le spese che fate sono tali che un giorno o l'altro verranno a tagliarmi la gola, convinti che io viva foderato di monete.
CLEANTE
Quali sono le grandi spese che faccio?
ARPAGONE
Quali sono? C'è qualcosa di più scandaloso dell'eleganza sfarzosa che ostentate in città? Ieri ho rimproverato vostra sorella; ma voi siete peggio. È una cosa che grida vendetta al Cielo; con quel che avete addosso dalla testa fino ai piedi si potrebbe ricavare una buona rendita. Figlio mio, ve l'ho detto venti volte, i vostri modi mi dispiacciono assai: voi pencolate accanitamente verso il nobilesco; e per andare in giro vestito in tal guisa, è giocoforza che mi derubiate.
CLEANTE
Oh! ma in che modo posso derubarvi?
ARPAGONE
Non lo so. Ma dove andate a prendere quel che occorre per mantenere il vostro tenor di vita?
CLEANTE
Io? Vi dirò, padre mio: mi affido al gioco; e poiché sono fortunato, mi metto addosso tutto il denaro che vinco.
ARPAGONE
Fate molto male. Se siete fortunato, dovreste approfittarne, e prestare il denaro che vincete a un interesse onesto, così che un giorno lo possiate ritrovare. Mi piacerebbe sapere, per non parlare del resto, a che cosa vi servono tutti quei nastri che mettete in mostra dalla testa ai piedi: non vi basta una mezza dozzina di stringhe per tener su i calzoni? Che bisogno c'è di buttare quattrini in parrucche, quando si possono portare i capelli così come crescono, che non costano niente? Scommetto che in parrucche e nastri, se ne vanno almeno venti pistole; e venti pistole rendono in un anno diciotto lire, sei soldi e otto denari, anche se impiegate soltanto all'uno per dodici.
CLEANTE
Avete ragione.
ARPAGONE
Lasciamo perdere e parliamo d'altro. Eh? Ma quei due si fan cenno, mi pare, d'involarmi la borsa. Che vuol dire tutto codesto gesticolare?
ELISA
Stavamo discutendo, io e mio fratello, su chi dovesse parlare per primo; abbiamo tutti e due qualcosa da dirvi.
ARPAGONE
Ed io ho qualcosa da dire a tutti e due.
CLEANTE
Padre mio, desideriamo parlarvi di matrimonio.
ARPAGONE
Ed è appunto sul matrimonio che vorrei intrattenervi.
ELISA
Ah! padre mio!
ARPAGONE
Perché gridate? È la parola, figlia mia, o la cosa che vi fa tanta paura?
CLEANTE
Il matrimonio può far paura ad entrambi, se si pensa a come potreste intenderlo voi; e temiamo che i nostri sentimenti non siano d'accordo con la vostra scelta.
ARPAGONE
Un po' di pazienza. Non allarmatevi. So quel che si addice all'uno e all'altro; e di quel che pretendo fare, non avrete ragione di lamentarvi. E per incominciare, vorrei sapere se non conoscete una giovane chiamata Mariana, che abita non lontano da qui.
CLEANTE
Sì, padre mio.
ARPAGONE
E voi?
ELISA
Ne ho sentito parlare.
ARPAGONE
Che cosa pensate, figliolo, di questa ragazza?
CLEANTE
Una creatura incantevole.
ARPAGONE
I suoi tratti?
CLEANTE
Ha un viso pulito, e molto intelligente.
ARPAGONE
La sua presenza, le sue maniere?
CLEANTE
Ammirevoli, senza dubbio.
ARPAGONE
Non credete che una ragazza come quella meriterebbe l'attenzione di un uomo?
CLEANTE
Sì, padre mio.
ARPAGONE
Che sarebbe un partito auspicabile?
CLEANTE
Auspicabilissimo.
ARPAGONE
Che promette di essere una buona moglie?
CLEANTE
Senza dubbio.
ARPAGONE
E che un marito troverebbe in lei piena soddisfazione?
CLEANTE
Certamente.
ARPAGONE
C'è una piccola difficoltà: temo che non disponga di quelle sostanze che sarebbe giusto pretendere.
CLEANTE
Ah! padre mio, le sostanze non contano quando si tratta di sposare una donna onesta.
ARPAGONE
Un momento, un momento. Quel che c'è da dire, piuttosto, è che se le sostanze che vorremmo non ci sono, le possiamo rimediare attraverso altre vie.
CLEANTE
S'intende.
ARPAGONE
Insomma, mi fa piacere che condividiate i miei sentimenti; poiché il suo contegno onesto e la sua dolcezza mi hanno preso il cuore e sono deciso a sposarla, purché ci sia da ricavarne qualcosa.
CLEANTE
Eh?
ARPAGONE
Come?
CLEANTE
Siete deciso, avete detto...?
ARPAGONE
A sposare Mariana.
CLEANTE
Chi, voi? voi?
ARPAGONE
Sì, io, io, io. Che vuol dire tutto questo?
CLEANTE
Mi è venuto d'improvviso un capogiro, mi ritiro.
ARPAGONE
Non è niente. Andate in cucina e bevete un bel bicchiere di acqua fresca. Ma guarda questo damerino svenevole, che ha meno forza di un pulcino. Ecco, figlia mia, questa è la decisione che ho preso per me. Quanto a tuo fratello, gli ho destinato una certa vedova della quale mi hanno parlato stamattina; tu invece sei promessa al signor Anselmo.
ELISA
Al signor Anselmo?
ARPAGONE
Sì, un uomo maturo, prudente e saggio, che non ha più di cinquant'anni, e a cui si attribuisce un notevole patrimonio.
ELISA (facendo un inchino)
Non vi dispiaccia, padre mio, ma non desidero prender marito.
ARPAGONE (contraffacendo l'inchino)
Non vi dispiaccia, mia piccola figliolina cara, ma io desidero che voi prendiate marito.
ELISA
Vi chiedo scusa, padre mio.
ARPAGONE
Vi chiedo scusa, figlia mia.
ELISA
Io son serva umilissima del signor Anselmo, ma col vostro permesso non lo sposerò.
ARPAGONE
Io son vostro servo umilissimo; ma col vostro permesso, lo sposerete questa sera stessa.
ELISA
Questa sera stessa?
ARPAGONE
Questa sera stessa.
ELISA
Questo non accadrà, padre mio.
ARPAGONE
Questo accadrà, figlia mia.
ELISA
No.
ARPAGONE Sì.
ELISA
Vi dico di no.
ARPAGONE
Vi dico di sì.
ELISA
Non mi ridurrete a questo.
ARPAGONE
A questo vi ridurrò.
ELISA
Mi ucciderò piuttosto che sposarlo.
ARPAGONE
Non ti ucciderai affatto e lo sposerai. Ma guarda che audacia! S'è mai vista una figlia parlare a questo modo a suo padre?
ELISA
E si è mai visto un padre maritare a questo modo sua figlia?
ARPAGONE
Su un partito come questo non c'è niente da ridire; e scommetto che tutti approveranno la mia scelta.
ELISA
Ed io scommetto che nessuna persona ragionevole potrebbe approvarla.
ARPAGONE
Ecco Valerio: vuoi che in confidenza lo facciamo giudice del nostro caso?
ELISA
Acconsento.
ARPAGONE
Accetterai il suo giudizio?
ELISA
Sì, mi atterrò alla sua risposta.
ARPAGONE
Detto e fatto.
Scena V
Valerio, Arpagone, Elisa
ARPAGONE
Vieni, Valerio. Ti abbiamo scelto come giudice; ci devi dire chi ha ragione, se io o mia figlia.
VALERIO
Voi, Signore, è fuori discussione.
ARPAGONE
Sai tu di che cosa stiamo parlando?
VALERIO
No, ma non è possibile che abbiate torto. Voi siete la ragione stessa.
ARPAGONE
Le vorrei dare questa sera per marito un uomo ricco e saggio; e questa disgraziata mi dice in faccia che se ne guarda bene dal volerlo. Tu che ne dici?
VALERIO
Che ne dico?
ARPAGONE
Sì.
VALERIO
Eh, eh.
ARPAGONE
Come?
VALERIO
Dico che in linea generale sono del vostro parere; che non può darsi che voi non abbiate ragione. Ma anche lei non ha del tutto torto e...
ARPAGONE
Come? Il signor Anselmo è un partito di riguardo, non solo è nobile ma ne ha anche il titolo; è mite, posato, saggio, ricco la sua parte, e non ha avuto figli dal matrimonio precedente. Potrebbe capitare di meglio alla figliola?
VALERIO
È vero. Ma lei potrebbe dirvi che questo significa precipitare un tantino le cose, e che sarebbe utile prender tempo, per vedere se la sua inclinazione potrebbe conciliarsi con...
ARPAGONE
È un'occasione da afferrare per i capelli; presenta un vantaggio che non mi capiterà mai più: lui ha promesso di sposarla senza dote.
VALERIO
Senza dote.
ARPAGONE
Sì.
VALERIO
Allora non dico più niente. Perbacco! non c'è ragione più convincente di questa; non rimane che arrendersi.
ARPAGONE
Mi consente un risparmio notevole.
VALERIO
Ma certo, non ci sono obiezioni possibili. È vero che vostra figlia può farvi notare che il matrimonio è molto più importante di quanto si creda; che è in gioco l'essere felici oppure infelici per tutta la vita; e che è bene prendere certe precauzioni prima di fare una promessa che deve durare fino alla morte.
ARPAGONE
Senza dote.
VALERIO
Avete ragione; questo è un argomento decisivo, s'intende. Qualcuno potrebbe dirvi che in questi casi l'inclinazione di una ragazza merita ogni riguardo; e che quando c'è una grande differenza di età, di carattere, di mentalità, un matrimonio è soggetto a conseguenze molto spiacevoli.
ARPAGONE
Senza dote.
VALERIO
Oh! a questo non c'è risposta che tenga; lo sanno tutti, chi mai potrebbe sostenere il contrario? E non importa che ci siano tanti genitori che pensano più al contento della loro figliola che al denaro che devono tirar fuori; che non vorrebbero per nessuna ragione sacrificarla all'interesse e che nel matrimonio vedono soprattutto quella dolce concordia che rende durevoli l'onore, la tranquillità e la gioia, e che...
ARPAGONE
Senza dote.
VALERIO
È vero; e questo chiude la bocca a chiunque; senza dote. Come resistere a questa argomentazione?
ARPAGONE (guardando verso il giardino)
Corbezzoli! mi par di sentire un cane che abbaia. Non vorrei che qualcuno stesse mirando ai miei soldi. Non muovetevi, torno subito.
ELISA
Vi divertite, Valerio, a parlargli in quel modo?
VALERIO
Lo faccio per non irritarlo e per meglio venirne a capo. Confutare apertamente le sue opinioni significa rovinare tutto. Ci sono teste che bisogna prendere da un altro lato, temperamenti nemici di ogni opposizione, nature recalcitranti che la verità fa impennare, che si irrigidiscono davanti alla retta via della ragione, e che soltanto per vie traverse si possono condurre là dove si vuole. Fingete di acconsentire alle sue volontà, raggiungerete meglio il vostro scopo e...
ELISA
Sì, Valerio, ma questo matrimonio?
VALERIO
Troveremo il mezzo per farlo fallire.
ELISA
Ma che cosa possiamo inventare, se si deve concludere questa sera?
VALERIO
Bisogna chiedere una dilazione, e fingere di essere malati.
ELISA
Ma se si chiamano i medici, si scoprirà la finzione.
VALERIO
Volete scherzare. Capiscono forse qualcosa i medici? Credete a me, qualsiasi male abbiate, trovano sempre il modo di dirvi da dove viene.
ARPAGONE
Non è niente, grazie a Dio.
VALERIO
Come mezzo estremo ci rimane sempre la fuga, che può metterci al riparo da tutto; e se il vostro amore, bella Elisa, è così saldo da... (Vede Arpagone) Sì, una ragazza deve obbedire a suo padre. Non deve badare a come è fatto un marito, e quando c'è di mezzo un grande motivo come il senza dote deve essere pronta a prendere tutto quello che le viene dato.
ARPAGONE
È così. Ben detto.
VALERIO
Signore, vi chiedo scusa se mi lascio trascinare e mi prendo la libertà di parlare in questo modo.
ARPAGONE
Come? ma sono ben felice, e desidero che tu abbia su di lei un potere illimitato. È inutile che scappi, cara. Io gli conferisco l'autorità che il Cielo mi ha dato sopra di te, e voglio che tu faccia tutto quello che lui ti dirà.
VALERIO
E adesso, provatevi un po' ad opporvi alle mie rimostranze. Signore, la seguo, voglio continuare la ramanzina che le stavo facendo.
ARPAGONE
Ti sono obbligato. Certo che...
VALERIO
Non sarà male tirare un po' le briglie.
ARPAGONE
È vero. Bisogna...
VALERIO
Non preoccupatevi. Penso di venirne a capo.
ARPAGONE
Fai tu, fai tu. Vado a fare un giretto in città, torno fra poco.
VALERIO
Sì il denaro è ciò che v'ha di più prezioso al mondo, e voi dovete ringraziare il Cielo di avervi dato un padre così accorto. Lui sa che cos'è la vita. Se qualcuno è disposto a prendere nostra figlia senza dote, non si deve guardare oltre. Tutto è racchiuso in questo senza dote, che sostituisce la bellezza, la giovinezza, la nascita, l'onore, la saggezza e la probità.
ARPAGONE
Ah! che bravo ragazzo! e come parla bene! Felice chi può avere alle sue dipendenze una persona del suo stampo!
Scena I
Cleante, Freccia
CLEANTE
Ah! traditore che tu sei, dove sei andato a cacciarti? Non ti avevo ordinato...
FRECCIA
Sì, Signore, ed ero venuto qui ad aspettarvi a piè fermo; ma il Signore vostro padre, che è l'uomo più sgarbato che ci sia, mi ha sbattuto fuori contro la mia volontà, e ho corso persino il rischio di buscarle.
CLEANTE
Come va il nostro affare? Il tempo incalza come non mai; da quando sei scomparso, ho scoperto che mio padre è mio rivale in amore.
FRECCIA
Vostro padre è innamorato?
CLEANTE
Sì, e non sai la fatica che ho fatto per nascondergli il turbamento che mi ha procurato questa notizia.
FRECCIA
Pensare all'amore, uno come lui! Che cosa diavolo si è messo in mente? Vuol prendere in giro la gente? E l'amore, è forse fatto per individui costruiti a quel modo?
CLEANTE
Era scritto che gli venisse quella voglia, per punirmi dei miei peccati.
FRECCIA
Ma per quale motivo tener segreto il vostro amore?
CLEANTE
Per non destare in lui troppi sospetti, e per tenere in serbo espedienti che all'occorrenza potrebbero più agevolmente allontanare il matrimonio. Che risposta ti hanno dato?
FRECCIA
Ah! Signore, disgraziato chi prende denaro a prestito, parola mia! Bisogna sopportarne di molte, quando si è ridotti come voi a mettersi nelle mani di mignatte del genere.
CLEANTE
L'affare non si fa?
FRECCIA
Scusate. Il mediatore che ci hanno indicato, mastro Simone, uomo attivo e molto solerte, dice che ha fatto l'impossibile per voi, e assicura che è stato conquistato da voi appena vi ha visto.
CLEANTE
Li avrò, dunque, i quindicimila franchi che ho chiesto?
FRECCIA
Sì, ma a certe condizioni, che dovete accettare, se volete che l'affare si faccia.
CLEANTE
Ti ha fatto parlare con la persona che deve prestareil denaro?
FRECCIA
Ah! questo non accadrà di sicuro. Si preoccupa di nascondersi molto più di voi; e il mistero che c'è sotto dev'essere più grande di quel che pensate. Si rifiutano assolutamente di dire il suo nome; e mi hanno detto che egli dovrà incontrarsi con voi in una casa che sarà messa a disposizione, per avere dalla vostra viva voce informazioni sui vostri beni e sulla vostra famiglia; non ho dubbi che basterà il nome di vostro padre a facilitare le cose.
CLEANTE
Soprattutto perché, essendo morta mia madre, nessuno può portarmi via le sue sostanze.
FRECCIA
Queste sono alcune norme che egli ha dettato alnostro intermediario, e che voi dovete sapere prima di fare qualsiasi passo:
Supposto che il prestatore ritenga di avere sufficienti garanzie e che il beneficiario sia maggiorenne e appartenga a famiglia dal patrimonio ingente, solido, garantito, trasparente, e libero da gravami di sorta, si farà precisa e regolare obbligazione davanti a notaio la cui probità sia la maggiore possibile e che a tale effetto sarà scelto dal prestatore, cui soprattutto importa che l'atto risulti redatto in forma ineccepibile.
CLEANTE
Niente da dire su questo.
FRECCIA
Il prestatore, per non aggravare di scrupoli la propria coscienza, intende prestare il proprio denaro all'interesse dell'uno per diciotto.
CLEANTE
Uno per diciotto? Perbacco! Molto onesto. Non ci si può davvero lamentare.
FRECCIA
È vero.
Ma poiché detto prestatore non ha presso di sé la somma in questione e dato che per compiacere al beneficiario è costretto a chiederla a sua volta in prestito a terza persona al tasso dell'uno per cinque, resta inteso che detto beneficiario paghi tale interesse, senza pregiudizio per il rimanente, atteso che detto prestatore si impegna nel presente prestito unicamente per usargli un riguardo.
CLEANTE
Accidenti! Ma che Giudeo, che Arabo è quello? È più dell'uno per quattro.
FRECCIA
È vero. È quel che ho detto anch'io. Avete buone ragioni per opporvi.
CLEANTE
Come posso oppormi? Ho bisogno di soldi; e devo accettare tutto.
FRECCIA
Così ho risposto.
CLEANTE
C'è altro?
FRECCIA
Solo una piccola clausola.
Dei quindicimila franchi richiesti, il prestatore potrà dare in moneta sonante soltanto dodicimila lire, e per i mille scudi rimanenti è necessario che il beneficiario acquisti gli arredi, le massarizie e i gioielli di cui si fornisce elenco, e che detto prestatore ha valutato, in buona fede, al prezzo più modico possibile.
CLEANTE
Che significa tutto questo?
FRECCIA
Sentite l'elenco.
In primo luogo, un letto di quattro piedi, con guarnizioni a punto di Ungheria, elegantemente cucite a una coperta color oliva, con sei sedie e sovracoperta in tinta, tutte di ottima fattura, e foderate in taffetà cangiante blu e rosso.
Inoltre: cortine da letto in buona sargia di Aumale rosa pallido, con bordure e frange di seta.
CLEANTE
E che cosa vuole che me ne faccia?
FRECCIA
Aspettate.
Inoltre: un pannello di arazzo raffigurante gli amori di Gombaut e Macée.
Inoltre: un grande tavolo in legno di noce, a colonne o pilastri ritorti in numero di dodici, allungabile da entrambi i lati, e dotato dei suoi sei sgabelli.
CLEANTE
Perdinci! ma io che c'entro...?
FRECCIA
Abbiate pazienza.
Inoltre: tre grandi moschetti con decorazioni in madreperla e tre assortite forchette d'appoggio.
Inoltre: un fornello di terracotta con due storte e tre recipienti, molto utili a chi ha vaghezza di distillare.
CLEANTE
Mi fa una rabbia!
FRECCIA
State calmo.
Inoltre: un liuto di Bologna, completo di tutte le sue corde, o poco meno.
Inoltre: un biliardino da tavolo e una scacchiera, con gioco dell'oca dei Greci rimesso a nuovo, mezzi indicatissimi come passatempo, quando non si abbia niente da fare.
Inoltre: una pelle di ramarro, di tre piedi e mezzo, imbottita di crine, elemento originale e piacevole da appendere al soffitto di una camera.
Il tutto, qui sopra menzionato, per un valore reale di oltre quattromilacinquecento lire, abbassato a mille scudi grazie al ritegno del prestatore.
CLEANTE
Crepi di peste lui e il suo ritegno, quel farabutto, quel boia! S'è mai sentito dire di un'usura come questa? Non contento dell'enorme interesse che pretende, vuole anche obbligarmi a prendere, per tremila lire, tutti i vecchi cascami che riesce a ramazzare. Con questa roba non arriverò a duecento scudi; e d'altra parte devo pur decidermi adirgli di sì, è nella condizione di farmi accettare quel che vuole, sono nelle sue mani, ho il coltello alla gola.
FRECCIA
Io vi vedo, Signore, non ve ne dispiaccia, sulla strada che ha seguito Panurgo per andare in rovina, facendo debiti, comprando a caro prezzo, vendendo a buon mercato, e mangiando il grano quando è ancora verde.
CLEANTE
E che cosa ci posso fare? A questo si riducono i giovani per la maledetta avarizia dei padri; e poi ci si meraviglia se si augurano che i padri muoiano.
FRECCIA
Bisogna riconoscere che il vostro renderebbe furioso, con la sua grettezza, l'uomo più pacifico del mondo. Io non ho, grazie a Dio, una grande inclinazione ad essere impiccato; e in mezzo a tanti miei simili che si gettano continuamente in piccoli traffici, riesco con una certa abilità a rimanere fuori dal gioco e a sbarazzarmi prudentemente di tutte quelle civetterie che odorano un tantino di patibolo; ma se devo dire la verità, lui col suo comportamento mi fa venire la tentazione di derubarlo; e mi sembrerebbe, derubandolo, di compiere un'azione meritoria.
CLEANTE
Dammi un po' l'elenco, voglio rivederlo.
Scena II
Mastro Simone, Arpagone, Cleante, Freccia
MASTRO SIMONE
Sì, Signore, è un giovane che ha bisogno di soldi. Ha urgenza di trovarne per i suoi affari, e non baderà alle condizioni che vorrete imporre.
ARPAGONE
Ma voi credete, mastro Simone, che non vi sia repentaglio alcuno? e conoscete il nome, i beni e la famiglia di colui in nome del quale parlate?
MASTRO SIMONE
No, non posso darvi informazioni complete, è del tutto casuale che mi abbiano mandato da lui; ma vi chiarirà ogni cosa lui medesimo; e il suo uomo mi ha assicurato che ne sarete soddisfatto, quando lo conoscerete. Tutto quel che posso dirvi è che la sua famiglia è molto ricca, che non ha più la madre e che se volete può sottoscrivere che suo padre morirà entro otto mesi.
ARPAGONE
È già qualcosa. La carità, mastro Simone, ci obbliga a far del bene alla gente, quando possiamo.
MASTRO SIMONE
S'intende.
FRECCIA
Oh! questa è bella. Il nostro mastro Simone sta parlando a vostro padre.
CLEANTE
Gli avrà detto chi sono? e tu non vorrai mica tradirmi?
MASTRO SIMONE
Ah! ma che fretta avete! Chi vi ha detto che il posto era questo? Non sono io, Signore, che ho rivelato il vostro nome e la vostra casa; ma, a mio parere, non c'è niente di male. Sono persone discrete e potete insieme spiegarvi.
ARPAGONE
Come?
MASTRO SIMONE
Il Signore è la persona che vuol prendere da voi a prestito le quindicimila lire di cui vi ho parlato.
ARPAGONE
Come, delinquente? Sei tu che ti abbandoni a questi abominevoli eccessi?
CLEANTE
Come, padre mio? siete voi che commettete queste azioni vergognose?
ARPAGONE
Sei tu che vuoi rovinarti con debiti così riprovevoli?
CLEANTE
Siete voi che cercate di arricchirvi con usure così nefande?
ARPAGONE
E osi ancora comparirmi davanti?
CLEANTE
E osate ancora presentarvi agli occhi della gente?
ARPAGONE
Non hai vergogna, dimmi, di giungere a tale dissolutezza? di lasciarti andare a questi tremendi sperperi? di dissipare vergognosamente la fortuna che i tuoi genitori ti hanno accumulato con tanto sudore?
CLEANTE
E voi non arrossite di disonorare il vostro stato coi traffici che fate? di sacrificare nome e reputazione al desiderio insaziabile di accumulare uno scudo dopo l'altro e di rincarare gli interessi con i più infami espedienti che gli usurai abbiano mai inventato?
ARPAGONE
Non farti più vedere, manigoldo, non farti più vedere!
CLEANTE
Chi è più colpevole, a vostro parere, chi compra del denaro perché ne ha bisogno o chi ruba del denaro di cui non sa che fare?
ARPAGONE
Vattene, ti dico, e non rompermi il capo. Non mi dispiace neanche quest'avventura; mi avverte di tenere più che mai gli occhi aperti sul suo comportamento.
Scena III
Frosina, Arpagone
FROSINA
Signore...
ARPAGONE
Aspettate un momento, vi devo parlare; torno subito. È opportuno ch'io faccia una visitina al mio denaro.
Scena IV
Freccia, Frosina
FRECCIA
Del tutto bizzarra quest'avventura. Ci dev'essere da qualche parte un grande magazzino pieno di ciarpame, perché nell'elenco non c'è una sola cosa di nostra conoscenza.
FROSINA
Oh, sei tu, mio povero Freccia? A che si deve questo incontro?
FRECCIA
Ah, ah, sei tu, Frosina? Che cosa sei venuta a fare qui?
FROSINA
Quel che faccio dappertutto: intromettermi in ognifaccenda, rendermi utile alla gente, e mettere a frutto nel miglior modo possibile le poche capacità che ho. Tu sai che a questo mondo bisogna essere furbi e che la sola rendita che il Cielo ha concesso alla gente come me è l'intrigo e il darsi da fare.
FRECCIA
Hai un negozio col padrone di casa?
FROSINA
Sì, devo trattare degli affarucci, da cui mi riprometto qualche ricompensa.
FRECCIA
Da lui? Ah! garantito, se riesci a cavargli qualcosa sei un portento; ti avverto subito che qui il denaro costa caro.
FROSINA
Ci sono servizietti che fruttano a meraviglia.
FRECCIA
Se lo dici tu... ma non conosci ancora il signor Arpagone. Il signor Arpagone è di tutti gli umani l'umano meno umano, il mortale di tutti i mortali il più coriaceo e chiuso. Non c'è servizio che possa spingere la sua gratitudine a fargli aprire la borsa. Lodi, stima, benevolenza a parole, fin che vuoi; ma soldi niente. Non c'è niente di più secco e arido delle sue buone maniere e dei suoi complimenti; ha tanta avversione per la parola dare che non dice mai: Io vido, ma: Vi presto la buonasera.
FROSINA
Sarà; ma io so bene come si mungono gli uomini, conosco il segreto per destare i loro sentimenti, solleticare i loro cuori, scovare i loro punti deboli.
FRECCIA
Bazzecole, qui dentro. Ti sfido a render più duttile, sotto l'aspetto del denaro, la persona di cui parliamo. È peggio di un Turco, in questo senso; ma di una turcheria da far ammattire tutti; e potresti crepare che non batterebbe ciglio. In breve, ama il denaro più della reputazione, dell'onore e della virtù; e il vedere un postulante gli fa venire le convulsioni, è qualcosa che lo colpisce a morte, gli trapassa il cuore, gli strappa le viscere; e se... Ma sta tornando, mi ritiro...
Scena V
Arpagone, Frosina
ARPAGONE
Tutto bene. E allora! che si dice, Frosina?
FROSINA
Ah! mio Dio! ma voi state d'incanto! davvero siete il ritratto della salute.
ARPAGONE
Chi, io?
FROSINA
Non vi ho mai visto con un colorito così fresco e rubizzo.
ARPAGONE
Dite davvero?
FROSINA
Come no? non siete mai stato in vita vostra giovane come ora; c'è gente di venticinque anni che è più vecchia di voi.
ARPAGONE
Eppure, Frosina, sono sessanta suonati.
FROSINA
E con questo? che cosa sono sessant'anni? Ma che discorsi! Siete nel fiore dell'età, entrate ora nella stagione migliore dell'uomo.
ARPAGONE
È vero; ma vent'anni di meno non mi farebbero male, penso.
FROSINA
Scherzate? Non ne avete alcuna necessità e siete d'una tempra, voi, da vivere fino a cent'anni.
ARPAGONE
Credi?
FROSINA
Ma certo. Ne avete tutti i segni. Fatevi un po' vedere. Oh! ma guardalo lì, fra i due occhi, un segno di lunga vita.
ARPAGONE
Tu sei un'esperta in queste cose?
FROSINA
Sicuro. Fatemi vedere la mano. Ah! mio Dio! che straordinaria linea della vita!
ARPAGONE
Come?
FROSINA
Ma non vedete fin dove arriva questa linea?
ARPAGONE
Sì, ma che vuol dire?
FROSINA
Da non credere! ho detto cent'anni, ma voi passerete i centoventi.
ARPAGONE
Possibile?
FROSINA
Dovranno accopparvi, vi dico; voi seppellirete i vostri figli e i figli dei vostri figli.
ARPAGONE
Meglio così. Come va la nostra faccenduola?
FROSINA
E me lo chiedete? mi occupo mai di qualcosa che non riesca a portare a buon fine? Soprattutto per i matrimoni ho un vero talento; non ci sono persone al mondo che io non riesca in poco tempo ad accoppiare; e credo che se lo volessi riuscirei a maritare la Repubblica di Venezia con il Gran Turco. In verità, il caso non presentava grosse difficoltà. Essendo già in rapporto con esse, ho parlato a lungo di voi all'una e all'altra, e ho detto alla madre dell'interesse che avete per Mariana, avendola vista passare per la via, o alla finestra a prendere il fresco.
ARPAGONE
E la risposta?
FROSINA
Ha accolto la proposta con gioia; e quando le ho garantito che era vostro vivo desiderio che sua figlia assistesse alla cerimonia del contratto, che si deve stendere stasera per il matrimonio della figliola vostra, ha acconsentito senza difficoltà e mi ha affidato la ragazza.
ARPAGONE
Purtroppo, Frosina, mi tocca invitare a cena il signor Anselmo; e non mi dispiacerebbe che la ragazza partecipasse al festino.
FROSINA
Avete ragione. Essa deve render visita a vostra figlia subito dopo pranzo, e avrebbe intenzione di andare poi a fare una capatina alla fiera; in seguito, potrebbe venire qui per la cena.
ARPAGONE
Bene. Possono andare insieme con la mia carrozza, gliela posso prestare.
FROSINA
Cade davvero a proposito.
ARPAGONE
Ma, Frosina, hai interrogato la madre sulla dote che può dare alla ragazza? Le hai detto che deve contribuire anche lei un poco, che deve fare uno sforzo, tirar fuori qualche lira per un'occasione come questa? Perché insomma non si marita una figliola senza darle qualcosa in dote.
FROSINA
Come? ma se la ragazza vi porta dodicimila lire direndita!
ARPAGONE
Dodicimila lire di rendita!
FROSINA
Sì. Prima di tutto, è stata allevata e nutrita risparmiando sul vitto; è una ragazza abituata a vivere di insalate,di latte, di formaggio e di mele, e che di conseguenza non ha bisogno di lussuose imbandigioni, né di brodi ristretti, né di perpetue minestrine di orzo perlato, né di tutti quei manicaretti che con un'altra donna non si possono evitare; non è poi tanto poco, in questo modo si possono risparmiare tremila franchi all'anno come minimo. Inoltre, la figliola pretende soltanto di essere vestita dignitosamente, non ama gli abiti vistosi, i ricchi gioielli, i mobili sfarzosi, verso i quali le sue simili dimostrano un'entusiastica inclinazione; e questo è un altro articolo che vale più di quattromila lire all'anno. In più, essa nutre un'orribile avversione per il gioco, cosa assai poco comune nelle donne oggi giorno; ne conosco una nel nostro quartiere che quest'anno ha perduto al trenta e quaranta ventimila franchi. Ma riduciamo pure la cifra a un quarto. Cinquemila franchi all'anno per il gioco e altri quattromila in abiti e gioielli, fanno novemila lire; più mille scudi che calcoliamo sul vitto, non s'arriva forse in un anno a dodicimila franchi uno sull'altro?
ARPAGONE
Sì, tutto questo va benissimo; ma nel vostro conto non c'è nulla di reale.
FROSINA
Scusate. Non è qualcosa di reale che una sposa vi porti la dote di una grande parsimonia, l'eredità di un grande amore per la costumatezza del vestire, la proprietà fondiaria di un grande odio per il gioco?
ARPAGONE
Mi pare una beffa gabellarmi per dote tutte le spese che non farà. Non intendo rilasciare ricevuta per ciò che non prendo; bisogna pure che tirino fuori qualcosa.
FROSINA
Dio mio! tireranno fuori abbastanza; mi hanno detto che da qualche parte hanno una proprietà che diventerà vostra.
ARPAGONE
Per questo si vedrà. Tuttavia, Frosina, c'è un'altra cosa che m'inquieta. La ragazza è giovane, come vedi; e i giovani di solito hanno simpatia soltanto per i loro uguali, cercano soltanto la loro compagnia. Temo che un uomo della mia età non sia di suo gradimento; e che questo possa determinare in famiglia certi piccoli sconvolgimenti che non vedrei di buon occhio.
FROSINA
Ah! come si vede che non la conoscete. Ecco un'altra cosa che non vi avevo ancora detto. Ha una tremenda avversione per tutti i giovani, le piacciono solo i vecchi.
ARPAGONE
Solo i vecchi?
FROSINA
Solo i vecchi. Avreste dovuto sentirla, mentre ne parlava. Non può sopportare la vista di un giovane, ma va in solluchero, dice, quando può vedere un bel vecchio dalla barba maestosa. E più sono vecchi più ne sente il fascino; e vi avverto: non cercate di sembrare più giovane di quel che siete. Per lei, bisogna avere almeno sessant'anni; soltanto quattro mesi fa, quando tutto era pronto perché si sposasse, ruppe di colpo il matrimonio perché si era accorta che il fidanzato aveva solo cinquantasei anni e non aveva messo gli occhiali per firmare il contratto.
ARPAGONE
Solo per questo?
FROSINA
Sì. Dice che per lei cinquantasei anni non sono sufficienti; e soprattutto ama i nasi che portano gli occhiali.
ARPAGONE
Certo, mi stai dicendo una cosa per me tutta nuova.
FROSINA
E ha conseguenze più gravi di quanto potete immaginare. Nella sua camera potete vedere dei quadri, delle stampe; che cosa pensate che rappresentino? Adone? Cefalo? Paride? Apollo? No: son ritratti di Saturno, del re Priamo, del vecchio Nestore, e del buon padre Anchise sulle spalle del figlio.
ARPAGONE
Meraviglioso! Non lo avrei mai pensato; e sono ben contento di sapere che la ragazza ha di queste propensioni. In effetti, se fossi nato donna, i giovani non mi sarebbero piaciuti.
FROSINA
Lo credo bene. I giovani? merce di scarto, come possono piacere? Mocciosetti, zerbinotti che non vien certo voglia di accarezzare. Che gusto ci si prova, con loro, vorrei proprio saperlo.
ARPAGONE
Io per me non li capisco davvero, e mi chiedo come ci siano donne a cui piacciano tanto.
FROSINA
Bisogna essere pazze furiose. Sentir l'incanto della giovinezza, che senso ha? Come chiamare uomini quei garzoncelli di primo pelo? Come ci si può affezionare a una fauna del genere?
ARPAGONE
È quel che dico sempre; con quell'aria da gallinelle, quei tre peluzzi di barba tirati su a mo' di capretta, le loro parrucche di stoppa, i pantaloni cascanti e il petto tutto aggrovigliato.
FROSINA
Combinati proprio a dovere, in confronto ad uno come voi. Eccolo, un uomo. In voi sì che la vista ha la sua parte; così dev'essere fatto, e vestito, l'uomo che suscita l'amore.
ARPAGONE
Ti sembro ben messo?
FROSINA
Come no? Avete una figura che avvince, è da dipingere. Giratevi un po', per favore. Meglio non è possibile. Mostratemi come camminate. Un corpo ben modellato, libero, sciolto come si deve, che non denuncia alcun impaccio.
ARPAGONE
Non ne ho di evidenti, grazie a Dio. Ho solo un po' di catarro, che si ravviva di tanto in tanto.
FROSINA
Non è niente. Il catarro, in voi, non disturba affatto. Voi tossite con molta distinzione.
ARPAGONE
Dimmi un po': Mariana ha mai avuto occasione di vedermi? Si è mai accorta di me incontrandomi?
FROSINA
No; ma di voi abbiamo parlato a lungo. Le ho fatto il vostro ritratto; e non ho mancato di vantare il merito vostro e i vantaggi che derivano dall'avere un marito come voi.
ARPAGONE
Hai fatto bene e te ne ringrazio.
FROSINA
Vorrei pregarvi, Signore, di un piccolo favore. (Arpagone assume un'aria severa) Ho un processo, e lo sto perdendo per mancanza di pochi soldi; voi potreste facilmente farmelo vincere, in questo processo, se poteste usarmi qualche cortesia. (Arpagone riprende un'aria compiaciuta) Non potete immaginare come sarà felice di vedervi. Ah! quanto le piacerete! e che mirabile effetto farà sul suo spirito ilvostro abbigliamento all'antica. Ma soprattutto sarà conquistata dai vostri pantaloni, attaccati al giustacuore da semplici stringhe; questo la renderà pazza di voi; un marito così stringato sarà un giulebbe per lei.
ARPAGONE
Certo, mi fai felice dicendomi queste cose.
FROSINA (Arpagone assume di nuovo una faccia severa)
In verità, Signore, questo processo ha gravi conseguenze per me. Se lo perdo, sono rovinata; e qualche piccola generosità da parte vostra sistemerebbe i miei affari. (Arpagone riprendeun aspetto allegro) Dovevate vederla com'era affascinata mentre le parlavo di voi. I suoi occhi irraggiavano felicità, nel sentire delle virtù vostre; e tanto ho fatto che ora si strugge per l'impazienza di vedere il matrimonio andare finalmente in porto.
ARPAGONE
Mi hai fatto un grande favore, Frosina; e ti assicuro che ho per te tutta la riconoscenza del mondo.
FROSINA (Arpagone riprende l'aspetto severo)
Vi prego, Signore, di concedermi il piccolo aiuto che vi ho chiesto. Mi rimetterà in sesto ed io vi sarò grata per l'eternità.
ARPAGONE
Addio. Vado a terminare la corrispondenza.
FROSINA
Signore, davvero non c'è necessità come questa in cui potreste essermi più utile.
ARPAGONE
Darò l'ordine di preparare la carrozza per condurvi alla fiera.
FROSINA
Non vi importunerei, se non fossi obbligata dalle ristrettezze.
ARPAGONE
E procurerò che si ceni di buon'ora, affinché non vi prenda il languore.
FROSINA
Non rifiutatemi la grazia che vi chiedo. Voi non sapete, Signore, il favore che...
ARPAGONE
Devo andare. Sentite? mi chiamano. A presto.
FROSINA
Ti venga la terzana, brutto taccagno del diavolo! Il miserabile non ha ceduto ai miei attacchi; e tuttavia non mi conviene lasciar perdere il negozio. In ogni caso c'è l'altra parte; di lì, garantito, posso tirar fuori una buona ricompensa.
Scena I
Arpagone, Cleante, Elisa, Valerio, la signora Claudia, Mastro Giacomo, Gran d'Avena, Stoccafisso
ARPAGONE
Animo, venite qui tutti, ch'io possa dare gli ordini per questa sera, e affidare un compito ad ognuno. Venite avanti, signora Claudia, cominciamo da voi. (Claudia ha una scopa in mano) Bene, avete già l'arma in pugno. Vi affido l'incombenza di pulire dappertutto; ma sovra ogni cosa, state bene attenta a non strofinare i mobili con troppa energia,per non deteriorarli. Oltre a questo, vi eleggo durante la cena al governo delle bottiglie; e se qualcuna viene messa da parte o qualcosa si rompe, vi riterrò responsabile dell'accaduto e mi rifarò sulla vostra paga.
MASTRO GIACOMO
Punizione interessata.
ARPAGONE
Andate. Voi, Gran d'Avena, e voi, Stoccafisso, siete promossi all'incarico di sciacquare i bicchieri e di versare da bere, ma esclusivamente quando vi viene chiesto e non secondo il costume di certi servitori impertinenti che provocano gli ospiti e rammentano loro che possono bere quando non ci pensano affatto. Aspettate che ve lo chiedano più di una volta e ricordatevi di portare sempre in tavola molta acqua.
MASTRO GIACOMO
Sì, il vino puro dà alla testa.
STOCCAFISSO
Ci dobbiamo togliere i grembiuli, Signore?
ARPAGONE
Sì, quando vedrete arrivare la gente; e attenti a non sporcare i vostri abiti.
GRAN D'AVENA
Sapete bene, Signore, che il mio giustacuore ha sul davanti, di lato, una grande macchia di olio da lampada.
STOCCAFISSO
Ed io, Signore, ho i pantaloni con uno strappo dietro e mi si vede, con rispetto parlando...
ARPAGONE
Calma. Siate accorto, tenete sempre il di dietro rivolto verso la parete e presentatevi agli ospiti di fronte. (Arpagone mette il cappello davanti al giustacuore, per mostrare a Gran d'Avena come deve fare per nascondere la macchia d'olio) Voi, tenete sempre il cappello in questa maniera, quando servite. E voi, figliola, tenete d'occhio quel che viene portato via e badate che non vada sprecato. È un compito che si addice alle ragazze. Ma intanto, preparatevi a ricevere la mia fidanzata, che deve venire a farvi visita e a condurvi alla fiera. Avete capito quel che ho detto?
ELISA
Sì, padre mio.
ARPAGONE
Quanto a voi, figliolo mio damerino, al quale ho la bontà di perdonare la storia di poc'anzi, che non vi venga in mente di farle il viso dell'armi.
CLEANTE
Io, padre, il viso dell'armi? E per quale ragione?
ARPAGONE
Dio mio! sappiamo come si comportano i figli quando i padri si risposano, con quale occhio guardano di solito colei che si suole chiamare matrigna. Ma se volete ch'io dimentichi davvero la vostra ultima bravata, mi raccomando, degnatevi di farle buon viso e di accoglierla nel migliore dei modi.
CLEANTE
A dire il vero, padre mio, non posso promettervi che sarò felice di averla come matrigna; ma se si tratta di riceverla convenientemente e di farle buon viso, vi prometto di obbedirvi in tutto e per tutto.
ARPAGONE
Fate il possibile, almeno.
CLEANTE
Vedrete che non avrete motivo di lamentarvi.
ARPAGONE
Farete bene. Valerio, ora mi devi aiutare. Oh, mastro Giacomo, voi! venite un po' qua, vi ho tenuto per ultimo.
MASTRO GIACOMO
A chi intendete parlare, Signore? Al cocchiere o al cuoco? Perché io sono l'uno e l'altro.
ARPAGONE
A tutti e due.
MASTRO GIACOMO
Ma a chi dei due per primo?
ARPAGONE
Al cuoco.
MASTRO GIACOMO
Allora, aspettate, per favore.
Si toglie la giubba da cocchiere e appare vestito da cuoco.
ARPAGONE
Che diavolo vuol dire questa cerimonia?
MASTRO GIACOMO
Dite pure.
ARPAGONE
Ho preso l'impegno, mastro Giacomo, di dare questa sera una cena.
MASTRO GIACOMO
Oh! stupore!
ARPAGONE
Dimmi un po': farai le cose per bene?
MASTRO GIACOMO
Sicuramente, se mi date i soldi.
ARPAGONE
Oh, diavolo, sempre soldi! Non sapete dire altro: "soldi, soldi, soldi" Ah! non hanno altra parola in bocca; "soldi" Sempre parlare di soldi. Sono il loro vizio, i soldi.
VALERIO
Non ho mai sentito risposta più sfacciata. Gran prodezza far bella figura con tanti soldi; è la cosa più facile del mondo, e non c'è povero di spirito che non ci riesca; ma l'uomo veramente capace è quello che sa fare bella figura con pochi soldi.
MASTRO GIACOMO
Bella figura con pochi soldi!
VALERIO
Sì.
MASTRO GIACOMO
Sono certo, signor intendente, che ci farete la finezza di mostrarci qual è il segreto, e di fare il cuoco al posto mio; tanto, qui dentro, voi siete il factotum.
ARPAGONE
Smettetela. Di che cosa avete bisogno?
MASTRO GIACOMO
C'è il signor intendente, che vi farà fare bella figura con pochi soldi.
ARPAGONE
Basta! rispondimi.
MASTRO GIACOMO
Quante persone vi saranno a tavola?
ARPAGONE
Saremo in otto o dieci; ma fate conto che si sia in otto; quando c'è da mangiare per otto, ce n'è per dieci.
VALERIO
È chiaro.
MASTRO GIACOMO
Insomma, ci vorranno quattro belle minestre e cinque prime portate. Minestre... Prime portate...
ARPAGONE
Diavolo! Ce n'è per un'intera città.
MASTRO GIACOMO
Arrosti...
ARPAGONE (mettendogli una mano sulla bocca)
Ah, traditore! mi stai mangiando tutti gli averi.
MASTRO GIACOMO
E come dolce...
ARPAGONE
Ancora?
VALERIO
Ma dico, avete l'intenzione di farli crepare tutti? Forse che il Signore invita delle persone perché vuole assassinarle costringendole a mangiare a quattro ganasce? Andate un po' a leggervi i precetti della buona salute e chiedete ai medici se non c'è niente di più pregiudizievole per l'uomo che il mangiare troppo.
ARPAGONE
Ha ragione.
VALERIO
E mettetevi bene in mente, caro mastro Giacomo, voi e i vostri simili, che una tavola con troppa carne è un vero e proprio attentato; e che se vogliamo davvero bene agli invitati, bisogna che il pasto sia frugale; e che secondo una massima antica bisogna mangiare per vivere e non vivere per mangiare.
ARPAGONE
Ben detto veramente! Vieni, voglio abbracciarti per queste parole. È la miglior sentenza che abbia udito invita mia. Bisogna vivere per mangiare e non mangiare per vi... No, non è così. Come hai detto?
VALERIO
Che bisogna mangiare per vivere e non vivere per mangiare.
ARPAGONE
Sì. Hai capito? Chi è il grand'uomo che lo ha detto?
VALERIO
In questo momento non ricordo il nome.
ARPAGONE
Questa massima me la devi scrivere, non dimenticarlo. Voglio farla incidere a caratteri d'oro sul camino della sala da pranzo.
VALERIO
Non mancherò. E per la vostra cena, lasciate fare a me; sistemerò tutto come si deve.
ARPAGONE
Fai tu.
MASTRO GIACOMO
Tanto meglio; avrò meno fastidi.
ARPAGONE
Ci vogliono cose che si mangiano spiluzzicando e che saziano subito; un polpettone molto grasso, con un paté di carne guarnito di castagne.
VALERIO
Contate su di me.
ARPAGONE
E ora, mastro Giacomo, dovete pulire la carrozza.
MASTRO GIACOMO
Aspettate. Questo riguarda il cocchiere. (Si mette di nuovo la giubba) Stavate dicendo...
ARPAGONE
Che dovete pulire la carrozza e preparare i cavalli per condurre alla fiera...
MASTRO GIACOMO
I vostri cavalli, Signore? Credetemi, non sono in grado di muoversi. Non vi dirò che giacciono sulla paglia: quelle povere bestie non la conoscono, e sarebbe un discorso fuori luogo; ma voi li costringete a digiuni tanto austeri che ora sono soltanto idee o fantasmi, apparenze di cavalli.
ARPAGONE
Devono essere malati; non fanno niente.
MASTRO GIACOMO
E poiché non fanno niente, Signore, non devono mangiare? Per loro, povere bestie, sarebbe meglio lavorare molto e mangiare di conseguenza. Mi si spezza il cuore vederli così allo stremo; poiché in definitiva voglio bene ai miei cavalli e quando li vedo soffrire, ho l'impressione di soffrire io stesso; mi tolgo ogni giorno il pane di bocca, per loro; Signore, bisognerebbe esser duri di cuore, per non avere alcuna pietà del nostro prossimo.
ARPAGONE
Andare fino alla fiera non è poi una gran fatica.
MASTRO GIACOMO
No, Signore, non ho il coraggio di farli uscire e nello stato in cui si trovano mi farei scrupolo di usare la frusta. Come possono trascinare una carrozza se non riescono a trascinare se stessi?
VALERIO
Signore, insisterò col vostro vicino, il Piccardo, perché provveda lui a condurli; così ci potrà essere utile anche per preparare la cena.
MASTRO GIACOMO
Va bene, preferisco che muoiano per mano di un altro che per mano mia.
VALERIO
Mastro Giacomo è davvero ragionevole.
MASTRO GIACOMO
Il signor intendente è davvero indispensabile.
ARPAGONE
Calma!
MASTRO GIACOMO
Signore, io non posso sopportare gli adulatori e mi accorgo che il comportamento di costui, quel suo continuo controllare il pane e il vino, la legna, il sale, e le candele, non ha altro scopo che di vezzeggiarvi e di farvi la corte. Questo mi manda in collera; e mi dà fastidio sentire ogni giorno ciò che si dice di voi; poiché vi voglio bene, nonostante tutto; e dopo i miei cavalli, voi siete la persona che amo di più.
ARPAGONE
Potrei sapere, mastro Giacomo, che cosa si dice di me?
MASTRO GIACOMO
Sì, Signore, se fossi certo di non irritarvi.
ARPAGONE
Non accadrà in nessun modo.
MASTRO GIACOMO
Perdonatemi, ma so per certo che andrete su tutte le furie.
ARPAGONE Niente affatto, al contrario, mi farà piacere, sono ben contento di sapere che cosa si dice di me.
MASTRO GIACOMO
Signore, visto che lo volete, vi dirò francamente che dovunque ci si prende gioco di voi; che da ogni parte piovono motteggi sul vostro conto e che niente diverte la gente come il prendervi per il fondo dei pantaloni e il raccontare storie sulla vostra tirchieria. C'è chi dice che fate stampare speciali calendari, in cui le quattro tempora e le vigilie figurano raddoppiate, per approfittare dei digiuni che in casa vostra tutti devono osservare. Altri dicono che tenete sempre pronta un'accusa da muovere alle persone di servizio, e che la tirate fuori quando vi lasciano, o nel periodo dei regali, per avere la scusa di non dare niente. Si racconta che una volta avete querelato il gatto del vicino, perché vi ha mangiato l'avanzo di un cosciotto di montone. E che vi hanno sorpreso, una notte, mentre rubavate voi stesso l'avena ai vostri cavalli, tanto che il vostro cocchiere, quello che c'era prima di me, vi diede al buio non so quante bastonate, delle quali non avete parlato con nessuno. Insomma, volete che ve lo dica? Non si può andare da nessuna parte senza che vi taglino in tutti i modi i panni addosso; siete la favola e lo spasso di tutti; e non si parla mai di voi senza aggiungere che siete un avaro, un taccagno, un pitocco, una sanguisuga.
ARPAGONE (percuotendolo)
Siete un balordo, un ribaldo, un manigoldo, uno spudorato.
MASTRO GIACOMO
Vedete? lo avevo previsto. Non mi avete voluto credere; ve l'avevo detto che sareste andato su tuttele furie, se vi avessi detto la verità.
ARPAGONE
Imparate a parlare come si deve.
Scena II
Mastro Giacomo, Valerio
VALERIO
A quanto pare, mastro Giacomo, la vostra franchezza viene mal ripagata.
MASTRO GIACOMO
Per tutti i santi! Signor nuovo venuto, che vi date arie d'importanza, questo non è affar vostro. Ridete delle bastonate vostre, quando ve le daranno, e non venite aridere delle mie.
VALERIO
Ah! Signor mastro Giacomo, non andate in collera, vi prego.
MASTRO GIACOMO
Viene a miti consigli. Voglio fare lo spocchioso e se è così stupido da avere paura di me, strigliarlo un pochino. Lo sapete, caro signor ridarello, che non rido affatto, io? e che se mi fate inviperire, vi farò ridere in ben altro modo?
Mastro Giacomo spinge Valerio in fondo alla scena, minacciandolo.
VALERIO
Ehi! piano.
MASTRO GIACOMO
Come, piano? Non sono affatto di questo parere.
VALERIO
Di grazia.
MASTRO GIACOMO
Siete un impertinente.
VALERIO
Signor mastro Giacomo...
MASTRO GIACOMO
Non c'è signor mastro Giacomo che tenga. Ora prendo un bastone e ve le do di santa ragione.
VALERIO
Come, un bastone?
Valerio lo fa indietreggiare allo stesso modo.
MASTRO GIACOMO
Non dicevo sul serio.
VALERIO
Sapete, Signor pretenzioso, che sono capace anch'io di darvele di santa ragione?
MASTRO GIACOMO
Non ne dubito.
VALERIO
Che voi siete, in tutto e per tutto, un miserabile cuoco?
MASTRO GIACOMO
Lo so.
VALERIO
Voi ancora non mi conoscete.
MASTRO GIACOMO
Perdonatemi.
VALERIO
Me le darete, eh, avete detto?
MASTRO GIACOMO
Dicevo per scherzare.
VALERIO
E a me, i vostri scherzi non mi divertono affatto. (Lo bastona) Vi convincerò che voi non siete in grado di scherzare.
MASTRO GIACOMO
Peste alla sincerità! che brutto mestiere. A questo punto ci rinuncio, e non dirò mai più la verità. Passi per il mio padrone: ha qualche diritto di suonarmele; ma di questo Signor intendente, se mi sarà possibile, mi vendicherò.
Scena III
Frosina, Mariana, Mastro Giacomo
FROSINA
Sapete dirmi, mastro Giacomo, se il vostro padrone è in casa?
MASTRO GIACOMO
È in casa, è in casa, lo so fin troppo bene.
FROSINA
Per favore, ditegli che siamo qui.
Scena IV
Mariana, Frosina
MARIANA
Ah! Frosina, in che orrendo stato mi trovo! Se devo dire quel che penso, ho molta paura di questo incontro.
FROSINA
Ma perché, che cosa vi inquieta?
MARIANA
E me lo chiedete? Oh, poveretta me, non riuscite a immaginare in quale apprensione possa trovarsi una persona che sta per subire il supplizio a cui è stata condannata?
FROSINA
Capisco benissimo che se volete morire di una dolce morte, Arpagone non sia propriamente il supplizio che scegliereste; ho l'impressione, guardandovi in faccia, che state pensando piuttosto al giovanottino di cui mi avete parlato.
MARIANA
Sì, Frosina, non lo voglio negare; e il rispetto che dimostra quando viene a trovarci, lo confesso, ha lasciato una traccia sull'anima mia.
FROSINA
Ma avete saputo chi è?
MARIANA
Chi è non lo so; ma so che, così come è fatto, sa farsi amare; che se le cose potessero andare come dico io, prenderei lui invece di un altro; e che contribuisce non poco a farmi sentire come un tormento spaventoso lo sposare l'uomo che mi si vuole dare.
FROSINA
Dio mio! non c'è giovanottino che non sia piacevole e che non venda bene la propria merce; ma i più sono spelacchiati come gatti randagi; e sarebbe meglio per voi prendere un marito vecchio ma che vi dia molta roba. Ammetto che i sensi non trovino il fatto loro, sul versante che dico io, e che bisogna, con uno sposo del genere, mandar giù qualche particolare disgustoso; ma non si tratta di cosa duratura e la sua morte, credetemi, vi metterà presto nella condizione di prenderne uno più desiderabile, che vi compenserà di tutto.
MARIANA
Mio Dio! Frosina, è un brutto affare quando, per essere felici, bisogna augurarsi o attendere la scomparsa di qualcuno; non sempre la morte corona le nostre aspettative.
FROSINA
Volete scherzare? Voi lo sposerete soltanto a condizione che vi renda vedova presto; questa deve essere una clausola del contratto. Sarebbe davvero screanzato se non morisse entro tre mesi. Eccolo in persona.
MARIANA
Oh, Frosina, che brutta faccia!
Scena V
Arpagone, Frosina, Mariana
ARPAGONE
Non offendetevi, mia bella, se mi presento con gli occhiali. So che le vostre bellezze colpiscono gli occhi, sono abbastanza visibili per se stesse, e che non c'è bisogno di occhiali per notarle; ma dopo tutto con l'occhiale si osservano gli astri; ed io attesto e garantisco che voi siete un astro, ma un astro il più bell'astro che vi sia nel paese degli astri. Frosina, costei non spiccica parola, e non mi pare che sia tanto contenta di vedermi.
FROSINA
Gli è che è ancora tutta sossopra per la sorpresa; e poi le fanciulle si vergognano di mostrare subito ciò che hanno in cuore.
ARPAGONE
Hai ragione. Ecco, tesorino, c'è mia figlia che viene a salutarvi.
Scena VI
Elisa, Arpagone, Mariana, Frosina
MARIANA
Con molto ritardo, Signora, vi rendo la visita che vi dovevo.
ELISA
Avete fatto, Signora, quel che avrei dovuto fare io; toccava a me di precedervi.
ARPAGONE
Come vedete, è già grandicella; ma l'erba cattiva cresce in fretta.
MARIANA (sottovoce a Frosina)
Oh! che persona sgradevole!
ARPAGONE
Che cosa dice la bella?
FROSINA
Dice che vi ammira molto.
ARPAGONE
Mi fate troppo onore, adorabile tesoruccio.
MARIANA (a parte)
Quanto è becero!
ARPAGONE
Vi sono obbligato di tanta benevolenza.
MARIANA (a parte)
Non resisto più.
ARPAGONE
Ecco mio figlio che viene a riverirvi.
MARIANA (a parte, a Frosina)
Ah! Frosina, che combinazione. È proprio lui, il giovane di cui ti ho parlato.
FROSINA (a Mariana)
L'avventura è meravigliosa.
ARPAGONE
Vi stupirete che io abbia dei figli già grandi, ma ben presto sarò liberato di tutti e due.
Scena VII
Cleante, Arpagone, Elisa, Mariana, Frosina
CLEANTE
A dire il vero, Signora, non mi sarei mai aspettato di trovarmi in una situazione come questa; e mi sono molto stupito, poco fa, quando mio padre mi ha rivelato le sue intenzioni.
MARIANA
Posso dire la stessa cosa anch'io. Questa circostanza imprevista mi ha meravigliata quanto voi; non ero certo preparata a una simile vicenda.
CLEANTE
È vero che mio padre, Signora, non potrebbe fare scelta migliore e che l'onore che ho di vedervi mi dà una grande gioia; e tuttavia non posso dire che mi rallegri molto l'eventualità che voi diventiate la mia matrigna. Felicitarmi con voi, lo confesso, mi riesce troppo difficile; ed è un nome, quello di matrigna, che io non vi auguro, abbiate pazienza. Le mie parole sembreranno brutali a qualcuno; ma voi siete persona, ne sono sicuro, da intenderle come si deve; potete bene immaginare, Signora, quanto mi riesca ripugnante questo matrimonio; e sapendo in che stato mi trovo, non potete ignorare fino a che punto esso si opponga ai miei interessi; mi permetterete infine che vi dica, col permesso di mio padre, che se dipendesse da me queste nozze non si farebbero.
ARPAGONE
Per essere felicitazioni, sono piuttosto insolenti: ma sono confessioni da fare, queste?
MARIANA
Io devo dirvi, in risposta, che per me è la stessa cosa; e che se ripugna a voi che io diventi la vostra matrigna, non diverso effetto fa su di me l'idea che voi diventiate mio figliastro. E credetemi, vi prego, non sono io che voglio darvi una tale afflizione. Sarei molto addolorata di dovervi causare un dispiacere, e vi do la mia parola che non acconsentirò mai, se non vi sarò costretta da una forza troppo grande, al matrimonio che vi inquieta.
ARPAGONE
Ha ragione; a congratulazioni tanto sciocche si risponde allo stesso modo. Vi chiedo scusa, mia cara, dell'insolenza di mio figlio. È un giovane scioccherello, che non conosce ancora le conseguenze di quel che dice.
MARIANA
Vi assicuro che le sue parole non mi hanno offeso affatto; al contrario, mi ha fatto piacere che egli abbia dichiarato i suoi veri sentimenti. Mi è piaciuta la sua confessione; e se avesse parlato in altro modo, lo stimerei molto meno.
ARPAGONE
Voi volete scusare ad ogni costo i suoi errori, siete troppo buona. Il tempo lo renderà più giudizioso; e vedrete che cambierà idea.
CLEANTE
No, padre mio, non la cambierò, ne sono incapace e insisto perché la Signora mi creda.
ARPAGONE
Guardate un po' che stravaganza! continua più caparbio di prima.
CLEANTE
Volete che tradisca il mio cuore?
ARPAGONE
Ancora? Non volete cambiare discorso?
CLEANTE
Va bene, se si vuole ch'io parli in altro modo, permettete, Signora, che mi metta al posto di mio padre e vi confessi che non ho mai visto al mondo nulla che fosse più incantevole di voi; che non esiste cosa paragonabile al contento di piacervi, e che l'essere vostro sposo è una gloria, una felicità che io antepongo alla sorte dei più grandi principi della terra. Sì, Signora, la felicità di possedervi vale ai miei occhi tutte le fortune; non ho altra ambizione e non c'è niente che io non sia capace di fare per una conquista tanto preziosa, e i più potenti ostacoli...
ARPAGONE
Adagio, figliolo, per favore.
CLEANTE
È una dichiarazione che io faccio alla Signora per conto vostro.
ARPAGONE
Mio Dio! ho una lingua anch'io per parlare e non ho bisogno di un rappresentante come voi. Su, portate delle sedie.
FROSINA
No; è meglio andare subito alla fiera, così torniamo prima e abbiamo tutto il tempo per continuare a discorrere.
ARPAGONE
Si attacchino dunque i cavalli alla carrozza. Vi prego di scusarmi, mia bella, se non ho pensato di offrirvi una merendina prima di partire.
CLEANTE
Ho provveduto io, padre, e ho fatto portare alcuni vassoi con arance della Cina, limoni dolci e confetture; li ho mandati a prendere a nome vostro.
ARPAGONE (sottovoce a Valerio)
Valerio!
VALERIO (ad Arpagone)
Ha perduto il senno.
CLEANTE
O pensate, padre mio, che non basti? La Signora avrà gentilmente la bontà di scusarci.
MARIANA
Non era davvero necessario.
CLEANTE
Avete mai visto, Signora, un diamante più splendido di quello che vedete al dito di mio padre?
MARIANA
È vero, come scintilla!
CLEANTE (toglie il diamante dal dito di suo padre e lo offre a Mariana)
Dovete guardarlo da vicino.
MARIANA
È davvero magnifico, e manda mille bagliori.
CLEANTE (si mette di fronte a Mariana, che vorrebbe restituire l'anello)
Oh, no, Signora; si trova in mani troppo belle. Mio padre ve ne fa dono.
ARPAGONE
Io?
CLEANTE
Non è vero, padre, che voi desiderate che la Signora lo tenga per amor vostro?
ARPAGONE (al figlio, a parte)
Come, come?
CLEANTE
Domanda inutile! mi fa segno che io insista per-ché lo accettiate.
MARIANA
Non posso permettere.
CLEANTE
Volete scherzare? Non ha alcuna intenzione di riprenderlo.
ARPAGONE (a parte)
Mi fa una rabbia!
MARIANA
Sarebbe...
CLEANTE (che continua a impedire a Mariana di restituire l'anello)
No, vi dico, si offenderebbe.
MARIANA
Di grazia!
CLEANTE
Niente affatto.
ARPAGONE (a parte)
Maledizione...
CLEANTE
Vedete? il vostro rifiuto lo scandalizza.
ARPAGONE (sottovoce al figlio)
Traditore!
CLEANTE
Guardatelo, si dispera.
ARPAGONE (sottovoce al figlio, minacciandolo)
Assassino!
CLEANTE
Padre, non è colpa mia. Io faccio il possibile per costringerla a tenerlo; ma lei si ostina.
ARPAGONE (sottovoce al figlio, rabbiosamente)
Delinquente!
CLEANTE
Per causa vostra, Signora, mio padre mi rimprovera.
ARPAGONE (sottovoce al figlio, con la stessa mutria)
Manigoldo!
CLEANTE
Gli verrà un malore. Di grazia, Signora, non insistete più.
FROSINA
Dio mio! quante cerimonie! Tenetevi dunque l'anello, visto che il Signore lo vuole.
MARIANA
Per adesso lo tengo, non voglio che andiate in collera; quando sarà il momento, ve lo restituirò.
Scena VIII
Arpagone, Mariana, Frosina, Cleante, Gran d'Avena, Elisa
GRAN D'AVENA
Signore, un uomo desidera parlarvi.
ARPAGONE
Rispondi che sono occupato e che ripassi un'altra volta.
GRAN D'AVENA
Dice che vi deve consegnare del denaro.
ARPAGONE
Chiedo scusa. Torno subito.
Scena IX
Arpagone, Mariana, Cleante, Elisa, Frosina, Stoccafisso
STOCCAFISSO (entra di corsa e fa cadere Arpagone)
Signore!...
ARPAGONE
Ah! son morto.
CLEANTE
Che succede, padre? Vi siete fatto male?
ARPAGONE
Il traditore ha certamente ricevuto dei soldi dai miei creditori, che vogliono la mia morte.
VALERIO
Non è niente.
STOCCAFISSO
Vi chiedo scusa, Signore. Sono venuto di corsa, perché credevo di far bene.
ARPAGONE
Che cosa sei venuto a fare, assassino?
STOCCAFISSO
Sono venuto a dirvi che i cavalli non hanno i ferri.
ARPAGONE
Portateli subito dal maniscalco.
CLEANTE
In attesa che vengano ferrati, padre, farò io gli onori di casa; condurrò la Signora in giardino e farò portare la merendina.
ARPAGONE
Valerio, sorveglia tutto quanto; e abbi cura, ti prego, di recuperare tutto il possibile, per rimandarlo al negoziante.
VALERIO
Non occorre altro.
ARPAGONE
O figlio insolente, mi vuoi rovinare?
Scena I
Cleante, Mariana, Elisa, Frosina
CLEANTE
Continuiamo qui, è molto meglio. Non ci sono più persone sospette attorno a noi e possiamo parlare liberamente.
ELISA
Sì, Signora, mio fratello mi ha confidato la passione che ha per voi. Conosco gli affanni e i dispiaceri che simili traversie possono causare; e vi assicuro che prendo parte con tutto cuore alla vostra vicenda.
MARIANA
È una dolce consolazione sapere che una persona come voi ci è tanto vicina; e vi supplico, Signora, di conservarmi sempre la vostra generosa amicizia, che tanto può addolcire il mio crudele destino.
FROSINA
Siete davvero dei poveri meschinelli, voi due; se me l'aveste detto prima, vi avrei senz'altro risparmiato questi guai, e non avrei condotto la faccenda fino al punto in cui si trova.
CLEANTE
Che dire? È la mia cattiva sorte che lo ha voluto. Ma voi, bella Mariana, che decisioni avete preso?
MARIANA
Oh, povera me! sono forse in grado di prendere decisioni? E nello stato di soggezione in cui mi trovo, che cosa mi è consentito se non di sperare?
CLEANTE
E nel vostro cuore non c'è altro su cui io possa contare, oltre alla semplice speranza? nessuna pietà sollecita? nessuna bontà soccorrevole? nessun affetto operante?
MARIANA
Che cosa vi posso rispondere? Mettetevi nei miei panni e vedete che cosa posso fare. Riflettete, ordinate voi stesso: io mi rimetto a voi, e vi giudico abbastanza ragionevole perché vogliate pretendere da me solo quel che mi è consentito dall'onore e dal decoro.
CLEANTE
Ahimè! mi rimane ben poco, se devo attenermi a ciò che può consentire l'austero sentimento di un onore inflessibile e di un decoro pieno di scrupoli.
MARIANA
Che cosa volete che faccia? Quand'anche potessi sorvolare sulla quantità di umani riguardi a cui il nostro sesso è costretto, devo rispetto a mia madre. Mi ha cresciuta con tanto amore e non potrei risolvermi a darle un dispiacere. Fate, intervenite presso di lei, usate ogni sollecitudine per guadagnarne il favore: potete dire e fare tutto ciò che volete, ve ne do licenza, e se si tratta solo di dichiarare che sto dalla parte vostra, non ho alcuna difficoltà a confidarle io stessa ciò che sento per voi.
CLEANTE
Frosina, mia povera Frosina, ci vuoi venire in aiuto?
FROSINA
Ma certo, c'è bisogno di chiederlo? ma di tutto cuore! Voi sapete che io sono d'animo buono; il Cielo non mi ha fatta di pietra, e quando posso rendere qualche piccolo servizio, a gente che si vuol bene in tutta onestà, lo faccio volentieri. Che cosa posso fare per voi?
CLEANTE
Pensaci un po' tu, ti prego.
MARIANA
Vedi di illuminarci.
ELISA
Inventa qualcosa, per rimediare a quel che hai combinato.
FROSINA
È piuttosto difficile. Vostra madre non è del tutto irragionevole, e forse potremmo conquistarne l'animo e convincerla a trasferire al figlio il dono che vorrebbe fare al padre. Ma il guaio, in tutto questo, è che vostro padre è vostro padre.
CLEANTE
È chiaro.
FROSINA
Voglio dire che se si avvede che lo rifiutiamo, avrà per noi del risentimento; e non sarà quindi nella disposizione di dare il suo consenso al vostro matrimonio. Bisognerebbe, per fare una cosa ben fatta, che il rifiuto venisse da lui; dovremmo fare in modo che si disgustasse di voi.
CLEANTE
Hai ragione.
FROSINA
Certo che ho ragione, lo so benissimo. Quel che dovremmo fare è questo; ma il guaio è che dobbiamo trovare il modo. Aspettate; se avessimo sottomano una donna un po' attempata, che avesse le mie qualità, e fosse così brava a recitare da far la parte di una dama aristocratica, con l'aiuto di un seguito messo insieme in quattro e quattr'otto e di un nome un po' strano di marchesa o di viscontessa, che noi potremmo supporre della bassa Bretagna, sarei capace di far credere a vostro padre che si tratta di una donna ricca, proprietaria non solo di case ma di centomila scudi in contanti, che essendosi perdutamente innamorata di lui sarebbe disposta, per diventare sua moglie, a cedergli ogni sua sostanza nel contratto di matrimonio; io non ho dubbi che egli presterebbe orecchio a una proposta del genere; poiché insomma lo so che vi ama, ma ama un tantino di più il denaro; e una volta che, abbagliato dal miraggio, avrà dato il consenso a quel che vi preme, importerebbe assai poco inseguito se volesse veder chiaro nel patrimonio della nostra marchesa e rimanesse disingannato.
CLEANTE
È una bella pensata.
FROSINA
Lasciate fare a me. Mi sovviene di una mia amica, che sembra fatta apposta per noi.
CLEANTE
Non dubitare, Frosina, ti sarò molto grato, se condurrai in porto la faccenda. Ma, bellissima Mariana, cominciamo, vi prego, col convincere vostra madre; rompere il matrimonio, è già fare molto. Voi dal canto vostro, ve ne scongiuro, fate ogni sforzo possibile; usate tutto il potere che vi dà sopra di lei la benevolenza che essa vi dimostra; dispensate senza risparmio la grazia eloquente, il fascino irresistibile che il Cielo ha collocato nei vostri occhi e nella vostra bocca; e non dimenticate, vi prego, nessuna di quelle parole affettuose, di quelle dolci preghiere, e di quelle toccanti carezze alle quali, sono sicuro, non si può rifiutare nulla.
MARIANA
Farò tutto quello che posso; e non dimenticherò le vostre raccomandazioni.
Scena II
Arpagone, Cleante, Mariana, Elisa, Frosina
ARPAGONE
Cospetto! mio figlio bacia la mano alla futura matrigna, e la futura matrigna non fa tanto la ritrosa. Che ci sia un mistero sotto?
ELISA
Ecco mio padre.
ARPAGONE
La carrozza è pronta. Potete partire quando volete.
CLEANTE
Poiché voi non ci andate, le accompagnerò io.
ARPAGONE
No, rimanete. Possono benissimo andarci da sole; ho bisogno di voi.
Scena III
Arpagone, Cleante
ARPAGONE
E allora, lasciando da parte la matrigna, che ne pensi di lei?
CLEANTE
Che ne penso?
ARPAGONE
Sì, del suo aspetto, delle sue maniere, della sua bellezza, della sua intelligenza.
CLEANTE
Nient'altro?
ARPAGONE
No, dimmi.
CLEANTE
Se devo essere sincero, mi è sembrata diversa da come l'avevo immaginata. Ha un aspetto decisamente frivolo; maniere piuttosto goffe, una bellezza molto banale e un'intelligenza delle più comuni. Non pensate, padre mio, che lo dica per rendervela odiosa; poiché matrigna per matrigna, tanto mi piace lei quanto un'altra.
ARPAGONE
Poco fa tuttavia le dicevi...
CLEANTE
Le ho fatto qualche complimento a nome vostro, ma unicamente per farvi piacere.
ARPAGONE
Cosicché quella donna non ti dice nulla?
CLEANTE
A me? niente di niente.
ARPAGONE
Mi dispiace, perché questo vanifica un'idea che mi era venuta in mente. Vedendola qui, ho riflettuto sulla mia età; e ho pensato che si troverà da dire sul mio conto, quando mi si vedrà sposato a una donna tanto giovane. Questa considerazione mi ha convinto a rinunciare al proposito; ma avendola fatta chiedere, ed essendomi impegnato sulla parola, l'avrei lasciata a te, se tu non avessi per lei quell'avversione che hai detto.
CLEANTE
A me?
ARPAGONE
A te.
CLEANTE
In moglie?
ARPAGONE
In moglie.
CLEANTE
Ascoltate; è vero che non è propriamente di mio gusto; ma per farvi piacere, padre mio, mi deciderei a sposarla, se lo desiderate.
ARPAGONE
Io? Io sono più ragionevole di quel che pensi: non voglio assolutamente forzare la tua inclinazione.
CLEANTE
Perdonatemi, ma posso fare questo sforzo per amor vostro.
ARPAGONE
No, no; un matrimonio non può essere felice, se manca l'inclinazione.
CLEANTE
Questa può venire in seguito, padre mio; si dice che l'amore è sovente frutto del matrimonio.
ARPAGONE
No; è un rischio che non si deve correre, specie da parte dell'uomo; ne derivano conseguenze ingrate, in cui non ho nessuna voglia di essere coinvolto. Se tu avessi avuto una certa inclinazione per lei, alla buon'ora: te l'avrei fatta sposare al posto mio; ma poiché non è così, seguirò il mio primo intendimento, e la sposerò io.
CLEANTE
Ebbene! padre mio, poiché le cose stanno così, bisogna che vi scopra il mio cuore, bisogna che vi riveli il nostro segreto. La verità è che io l'amo, da quando la vidi un giorno a passeggio; era mia intenzione chiedervela in moglie, e sono stato trattenuto soltanto dal fatto che vi siete dichiarato voi e dal timore di dispiacervi.
ARPAGONE
Siete già andato in casa sua?
CLEANTE
Sì, padre mio.
ARPAGONE
Molte volte?
CLEANTE
Abbastanza, considerato il tempo.
ARPAGONE
Vi hanno ricevuto bene?
CLEANTE
Benissimo, ma senza sapere chi sono; ed è per questo che Mariana si è tanto stupita poco fa.
ARPAGONE
Le avete dichiarato il vostro amore, e l'intenzione che avete di sposarla?
CLEANTE
Certamente; avevo persino lasciato intendere qualcosa alla madre.
ARPAGONE
E lei ha accettato la proposta per sua figlia?
CLEANTE
Sì, con molta civiltà.
ARPAGONE
E la figlia corrisponde all'amor vostro?
CLEANTE
Se devo credere alle apparenze, sono persuaso, padre mio, che abbia qualche simpatia per me.
ARPAGONE
Mi fa molto piacere di avere appreso un tal segreto; era proprio quello che volevo sapere. Orsù! ora, figlio mio, sapete che succede? succede che dovete pensare, per piacere, a sbarazzarvi del vostro amore, a metter da parte ogni assiduità nei confronti di una persona che io voglio per me; e a prendere subito in moglie colei che vi è stata destinata.
CLEANTE
E così, padre mio, mi avete giocato un tiro! Bene, poiché le cose stanno a questo punto, io vi dichiaro, signor padre, che continuerò ad amare Mariana, che userò qualsiasi mezzo, anche il più estremo, per contendervi la sua conquista, e che se voi avete dalla parte vostra il consenso della madre, altri verranno in mio aiuto, forse, e si batteranno per me.
ARPAGONE
Come, delinquente? tu osi opporti a un mio diritto?
CLEANTE
Siete voi che vi opponete al mio; io sono arrivato prima.
ARPAGONE
Ma io sono tuo padre! e tu mi devi rispetto!
CLEANTE
Non è in queste cose che i figli devono deferenza ai padri; l'amore non conosce parenti.
ARPAGONE
E invece mi conoscerai, e a suon di bastonate.
CLEANTE
Le vostre minacce non mi scalfiscono.
ARPAGONE
Rinuncerai a Mariana.
CLEANTE
Per niente affatto.
ARPAGONE
Un bastone, datemi un bastone.
Scena IV
Mastro Giacomo, Arpagone, Cleante
MASTRO GIACOMO
Eh, eh, eh, Signori, ma che succede? che fantasie son queste?
CLEANTE
Io me la rido.
MASTRO GIACOMO
Ah! Signore, calmatevi.
ARPAGONE
Parlarmi con tanta impudenza!
MASTRO GIACOMO
Ah! Signore, di grazia.
CLEANTE
Io non demordo.
MASTRO GIACOMO
Come, come? A vostro padre?
ARPAGONE
Lasciatemi fare.
MASTRO GIACOMO
Come, come? A vostro figlio? Pazienza con me.
ARPAGONE
Mastro Giacomo, voglio che tu sia giudice in questa faccenda, per dimostrare che ho ragione io.
MASTRO GIACOMO
Volentieri. Voi tiratevi da parte.
ARPAGONE
Amo una ragazza e la vorrei sposare; e quel delinquente ha la sfrontatezza di amarla assieme a me, e nonostante i miei ordini vuole la sua mano.
MASTRO GIACOMO
Oh! ha torto.
ARPAGONE
Non è spaventoso che un figlio voglia fare concorrenza al padre? e non deve per rispetto astenersi dal discutere le mie inclinazioni?
MASTRO GIACOMO
Avete ragione. Lasciate che gli parli e mettetevi da parte.
Raggiunge Cleante all'estremità opposta della scena.
CLEANTE
Ebbene! sì, dal momento che ti sceglie come giudice, io non mi tiro indietro; chi possa essere non m'importa; sono ben contento di affidare a te la controversia.
MASTRO GIACOMO
Mi fate molto onore.
CLEANTE
Sono innamorato di una giovane che risponde in tutto ai miei desideri e accetta teneramente le testimonianze della mia fedeltà; e mio padre si permette di turbare il nostro amore facendola chiedere in isposa per sé.
MASTRO GIACOMO
Ha torto senz'altro.
CLEANTE
Non ha vergogna, alla sua età, a pensare di risposarsi? non è indecente che si innamori ancora? non dovrebbe lasciare ai giovani questa incombenza?
MASTRO GIACOMO
Avete ragione, non fa sul serio. Lasciate che gli dica due parole. (Ritorna da Arpagone) Ebbene! vostro figlio non è così balzano come dite voi, e intende ragione. Sa bene, dice, il rispetto che vi deve, si è lasciato vincere soltanto dal primo impeto, ed è disposto a sottomettersi senza protestare a tutto quanto vi piacerà, purché lo trattiate meglio di come state facendo e lasciate che sposi una donna della quale sia contento.
ARPAGONE
Ah! riferisci, mastro Giacomo, che a questa condizione può contare su di me per qualsiasi cosa; e che, tranne Mariana, gli lascio la libertà di scegliere la donna che vuole.
MASTRO GIACOMO (va dal figlio)
Lasciate fare a me. Ebbene! vostro padre non è così irragionevole come lo ritenete voi; mi ha assicurato che è andato in collera solo a causa dei vostri eccessi e che se la prende unicamente col vostro modo di agire, e che è disposto ad accordarvi quel che desiderate, purché vi comportiate con dolcezza e siate deferente, rispettoso e sottomesso come dev'essere un figlio col padre.
CLEANTE
Ah! mastro Giacomo, gli puoi assicurare che se mi concede Mariana non vi sarà giovane più sottomesso di me, e che non farò mai nulla che lui non vorrà.
MASTRO GIACOMO
È cosa fatta. Consente alle vostre richieste.
ARPAGONE
Tutto fila nel migliore dei modi.
MASTRO GIACOMO
Tutto concluso. È contento delle vostre promesse.
CLEANTE
Il Cielo sia lodato.
MASTRO GIACOMO
Ai Signori non resta che parlare fra di loro; ora sono d'accordo; e pensare che, non riuscendo a intendersi, stavate per attaccar briga!
CLEANTE
Mio povero mastro Giacomo, ti sarò obbligato per tutta la vita.
MASTRO GIACOMO
Non c'è di che, Signore.
ARPAGONE
Mi hai fatto un favore, mastro Giacomo, e meriti una ricompensa. Me lo ricorderò, sta' sicuro.
Estrae il fazzoletto dalla tasca e Mastro Giacomo crede che stia per dargli qualcosa.
MASTRO GIACOMO
Bacio le mani.
Scena V
Cleante, Arpagone
CLEANTE
Vi chiedo scusa, padre mio, per le escandescenze di poc'anzi.
ARPAGONE
Non importa.
CLEANTE
Vi assicuro che me ne dispiace infinitamente.
ARPAGONE
Ed io infinitamente mi rallegro di vederti ragio-nevole.
CLEANTE
Siete molto buono, voi, che sapete dimenticare tanto in fretta i miei torti.
ARPAGONE
Si dimenticano facilmente i torti dei figlioli, quando tornano a fare il loro dovere.
CLEANTE
E tuttavia, non avere alcun risentimento per le mie follie!...
ARPAGONE
A tanto mi obbligano la sottomissione e il rispettoche ora mi riconosci.
CLEANTE
Vi prometto, padre mio, che finché avrò vita conserverò nel mio cuore il ricordo della vostra bontà.
ARPAGONE
Ed io ti prometto che non vi sarà più cosa alcuna che da me tu non possa ottenere.
CLEANTE
Ah! padre mio, non vi chiedo più nulla; concedendomi Mariana, mi avete già concesso tutto.
ARPAGONE
Come?
CLEANTE
Dico, padre mio, che sono già contento così, e che non chiedo altro, dopo che avete avuto la bontà di accordarmi Mariana.
ARPAGONE
Chi ha detto che ti accordo Mariana?
CLEANTE
Voi, padre mio.
ARPAGONE
Io?
CLEANTE
Senza alcun dubbio.
ARPAGONE
Come? Sei tu che hai promesso di rinunciare a lei.
CLEANTE
Io, rinunciare a lei?
ARPAGONE
Sì.
CLEANTE
Ma niente affatto.
ARPAGONE
Non hai abbandonato ogni pretesa?
CLEANTE
Al contrario. Vi sono propenso più che mai.
ARPAGONE
Ma come? delinquente, un'altra volta?
CLEANTE
Niente può indurmi a cambiare.
ARPAGONE
Lasciami fare, traditore, e vedrai.
CLEANTE
Fate quel che volete.
ARPAGONE
Non mi vedrai mai più.
CLEANTE
Finalmente.
ARPAGONE
Ti abbandono.
CLEANTE
Abbandonatemi.
ARPAGONE
Non ti riconosco più come figlio.
CLEANTE
D'accordo.
ARPAGONE
Ti diseredo.
CLEANTE
Come vi piace.
ARPAGONE
E ti maledico.
CLEANTE
Non so che farmene delle vostre elargizioni.
Scena VI
Freccia, Cleante
FRECCIA (uscendo dal giardino con uno scrigno)
Ah! Signore, vi trovo in buon punto! seguitemi, presto.
CLEANTE
Che succede?
FRECCIA
Seguitemi, vi dico: è fatta.
CLEANTE
Come?
FRECCIA
Ho quel che v'interessa.
CLEANTE
Cosa?
FRECCIA
Gli ho fatto la posta tutto il giorno.
CLEANTE
Ma che cos'è?
FRECCIA
Il tesoro di vostro padre, che ho sgraffignato.
CLEANTE
Come hai fatto?
FRECCIA
Ve lo dirò. Scappiamo, sento che sta gridando.
Scena VII
Arpagone
Grida al ladro fin dal giardino, ed entra senza cappello.
ARPAGONE
Al ladro! al ladro! all'assassino! al brigante! Giustizia, giusto Cielo! sono perduto, assassinato, mi hanno tagliato la gola, mi hanno derubato di tutto il denaro. E chi può essere? Che fine ha fatto? Dov'è? Dove si nasconde? Che cosa posso fare per trovarlo? Dove correre? Dove non correre? Sarà di là? Sarà di qua? E tu chi sei? Fermati. Rendimi i soldi, manigoldo... (Si afferra da sé il braccio) Ah! sono io. Son tutto in confusione, non so più dove sono, chi sono e quel che faccio. Misero me! povero mio denaro, povero mio denaro, amico mio carissimo! mi hanno privato di te; ti hanno portato via, ho perduto il mio sostegno, la mia consolazione, la mia gioia; tutto è finito, non ho più niente da fare al mondo, non posso vivere senza di te. È la fine, più non resisto; son lì per morire, sono morto, son seppellito; c'è qualcuno che voglia resuscitarmi, che mi renda l'amato denaro o che mi indichi chi l'ha preso? Eh? che avete detto? No, non c'è nessuno qui attorno. Chiunque abbia fatto il colpo, dev'essere rimasto vigile a spiare il momento buono; e ha scelto giustamente di intervenire quando stavo parlando con quel traditore di mio figlio. Usciamo. Voglio ricorrere alla giustizia e coinvolgere tutta la casa; fantesche, servitori, figlio, figlia, e me compreso. Quanta gente vedo riunita! Chiunque mi cada sotto gli occhi, mi fa nascere il sospetto, vedo il mio ladro in ogni cosa. Eh! di che si parla laggiù? Di colui che mi ha derubato? Che chiasso si sta facendo là in alto? Che c'entri il mio ladro? Digrazia, se avete notizie del ladro, vi supplico, parlate. Non sarà nascosto in mezzo a voi? Tutti mi guardano e se la ridono; garantito, hanno a che fare col furto, non c'è dubbio. Su, presto, commissari, armigeri, bargelli, giudici, supplizi, patiboli e carnefici. Voglio fare impiccare tutti; e se non ritrovo il mio denaro, m'impiccherò io stesso.
Scena I
Arpagone, il Commissario, il suo Aiutante
COMMISSARIO
Lasciatemi fare, conosco il mio mestiere, grazie a Dio. Non è da oggi che mi occupo di furti, e vorrei avere tanti sacchi pieni di mille franchi quante persone ho fatto impiccare.
ARPAGONE
Tutti i magistrati hanno interesse ad assumersi un in carico come questo; e se non mi fate ritrovare il mio denaro, chiederò che si applichi la giustizia alla giustizia.
COMMISSARIO
Bisogna condurre tutte le investigazioni necessarie. Avete detto che nella cassetta c'erano...
ARPAGONE
Diecimila scudi uno sull'altro.
COMMISSARIO
Diecimila scudi!
ARPAGONE
Diecimila scudi.
COMMISSARIO
Un furto considerevole.
ARPAGONE
Per un delitto così enorme non c'è supplizio che basti; se rimarrà impunito, non ci sarà più alcuna salvaguardia per le cose più sacre.
COMMISSARIO
E di quali monete era costituita la somma?
ARPAGONE
Di bei luigi d'oro e di pistole di buon peso.
COMMISSARIO
Chi sospettate del furto?
ARPAGONE
Tutti; e desidero che arrestiate l'intera città con tutti i sobborghi.
COMMISSARIO
Non bisogna allarmare la gente, se mi date ascolto, ma piuttosto tentare in silenzio di raccogliere qualche prova, al fine di procedere con rigore al recupero dei quattrini che vi hanno portato via.
Scena II
Mastro Giacomo, Arpagone, il Commissario, il suo Aiutante
MASTRO GIACOMO (in fondo alla scena, voltandosi verso il lato dal quale sta uscendo)
Ritornerò. Sgozzatelo subito; fategli bruciacchiare i piedi, immergetelo in acqua bollente e appendetelo al soffitto.
ARPAGONE
Chi? Il ladro?
MASTRO GIACOMO
Il maialino di latte che il vostro intendente mi ha mandato; vorrei accomodarlo a modo mio.
ARPAGONE
Non si tratta di questo; c'è il Signore, piuttosto, con cui bisognerà parlare di altre cose.
COMMISSARIO
Non abbiate timore. Con me non ci si esponea scandali, le cose fileranno lisce.
MASTRO GIACOMO
Il Signore rimane a cena?
COMMISSARIO
Si tratta, caro amico, di non nascondere nulla al vostro padrone.
MASTRO GIACOMO
Figuriamoci! Signore, mostrerò tutto quello che so fare, e vi tratterò nel miglior modo possibile.
ARPAGONE
Non è questo l'argomento.
MASTRO GIACOMO
Se non vi preparo la cena come vorrei, la colpa è del signor intendente, che mi tarpa le ali con le forbicine della sua economia.
ARPAGONE
Traditore, si tratta di ben altro che della cena; mi devi dire quello che sai del denaro che m'han rubato.
MASTRO GIACOMO
Vi hanno rubato del denaro?
ARPAGONE
Sì, manigoldo; e ti farò impiccare, se non me lo rendi.
COMMISSARIO
Dio mio! non strapazzatelo a questo modo. Lo vedo dalla faccia che è un uomo onesto e che, senza farsi mettere in prigione, vi dirà quel che volete sapere. Sì, amico mio, se parlerete non vi sarà fatto alcun male e il vostro padrone saprà come ricompensarvi. Oggi lo hanno derubato del suo denaro; non può essere che voi non ne sappiate nulla.
MASTRO GIACOMO (a parte)
È giusto quel che ci vuole per vendicarmi dell'intendente; da quando è entrato in questa casa, è il favorito, non si ascoltano che le sue raccomandazioni; e le bastonate di poc'anzi non le ho ancora mandate giù.
ARPAGONE
Che cosa stai ruminando?
COMMISSARIO
Lasciatelo fare: si prepara a darvi soddisfazione, ve l'avevo detto che era un uomo onesto.
MASTRO GIACOMO
Signore, se devo dire le cose fino in fondo, credo che a fare il colpo sia stato il vostro caro signor intendente.
ARPAGONE
Valerio?
MASTRO GIACOMO
Sì.
ARPAGONE
Lui, che sembrava così fidato?
MASTRO GIACOMO
Lui in persona; sono convinto che a derubarvi sia stato lui.
ARPAGONE
Come mai sei così sicuro?
MASTRO GIACOMO
Come mai?
ARPAGONE
Sì.
MASTRO GIACOMO
Ne sono sicuro... perché ne sono sicuro.
COMMISSARIO
Ma dovete dire su quali indizi vi basate.
ARPAGONE
Lo hai visto aggirarsi attorno al punto in cui avevo messo il denaro?
MASTRO GIACOMO
Sì, è così. Dov'era il denaro?
ARPAGONE
In giardino.
MASTRO GIACOMO
Per l'appunto: l'ho visto aggirarsi in giardino. E dov'era contenuto il denaro?
ARPAGONE
In una cassetta.
MASTRO GIACOMO
È quella: aveva con sé una cassetta.
ARPAGONE
E questa cassetta com'era fatta? Vediamo un po' se è la mia.
MASTRO GIACOMO
Com'era fatta?
ARPAGONE
Sì.
MASTRO GIACOMO
Era fatta... era fatta come una cassetta.
COMMISSARIO
Si capisce. Ma descrivetela un po', per avere un'idea.
MASTRO GIACOMO
Era una grossa cassetta.
ARPAGONE
Quella che m'han rubata era piccola.
MASTRO GIACOMO
Eh! sì, piccola, in un certo senso; dicevo grossa per quel che contiene.
COMMISSARIO
Di che colore?
MASTRO GIACOMO
Di che colore?
COMMISSARIO
Sì.
MASTRO GIACOMO
Di color... ecco, di un certo colore... Non potete venirmi in aiuto?
ARPAGONE
Eh?
MASTRO GIACOMO
Non era rossa?
ARPAGONE
No, grigia.
MASTRO GIACOMO
Ah! sì, grigio-rossa: era quel che volevo dire.
ARPAGONE
Non c'è dubbio: è la mia di certo. Scrivete, Signore, la sua deposizione. Cielo! di chi ci si può fidare ormai? Non si può più giurare su nulla; a questo punto credo che potrei derubarmi da solo.
MASTRO GIACOMO
Signore, eccolo che sta tornando. Non ditegli almeno che lo avete saputo da me.
Scena III
Valerio, Arpagone, il Commissario, il suo Aiutante, Mastro Giacomo
ARPAGONE
Avvicinati: vieni a confessare l'azione più nera, l'attentato più orribile che sia mai stato commesso.
VALERIO
Che volete, Signore?
ARPAGONE
Come, traditore, non arrossisci del tuo delitto?
VALERIO
Di quale delitto state parlando?
ARPAGONE
Di quale delitto sto parlando, infame! come se tu non sapessi che cosa voglio dire. Invano vorresti occultare il fatto: sei stato scoperto, ho saputo ogni cosa. Come hai potuto abusare della mia bontà, e introdurti apposta in casa mia per tradirmi? per giocarmi un tiro di questa fatta?
VALERIO
Signore, poiché avete scoperto tutto, non voglio più cercare sotterfugi e negare la verità.
MASTRO GIACOMO
Oh! oh! avrei dunque indovinato senza volerlo?
VALERIO
Era mia intenzione parlarvene, e volevo attendere a questo proposito una congiuntura favorevole; ma poiché le cose stanno a questo punto, vi scongiuro, non sdegnatevi e vogliate ascoltare le mie ragioni.
ARPAGONE
E che razza di ragioni vorresti addurre, ladro infame?
VALERIO
Ah! Signore, non merito questi improperi; vi ho recato offesa, è vero; ma dopo tutto, il mio peccato è perdonabile.
ARPAGONE
Come, perdonabile? un agguato? un misfatto di questa natura?
VALERIO
Di grazia, non andate in collera. Quando mi avrete ascoltato, vedrete che il male non è così grande come lo fate voi.
ARPAGONE
Il male non è così grande come lo faccio io? Ma come! il mio sangue, le mie viscere, delinquente?
VALERIO
Il vostro sangue, Signore, non è caduto in cattive mani. La mia condizione mi consente di non fargli alcun torto, e non c'è nulla in ciò che è stato che io non possa riparare.
ARPAGONE
Se è per questo, anch'io intendo che tu mi restituisca quel che m'hai preso.
VALERIO
Il vostro onore, Signore, sarà pienamente soddisfatto.
ARPAGONE
L'onore non c'entra in tutto questo. Ma dimmi, che cosa ti ha spinto a questa azione?
VALERIO
Ahimè! me lo chiedete?
ARPAGONE
Certo che te lo chiedo.
VALERIO
Un dio che giustifica tutto ciò che si commette in suo onore: l'Amore.
ARPAGONE
L'Amore?
VALERIO
Sì.
ARPAGONE
Bell'amore, bell'amore davvero! l'amore per i miei luigi d'oro.
VALERIO
No, Signore, non sono le vostre ricchezze che mi hanno tentato; non è questo che mi ha abbagliato, ed io vidi chiaro che non accampo pretesa alcuna sui vostri beni, purché mi lasciate quello che ho.
ARPAGONE
Questo no, per tutti i diavoli! non te lo lascio di certo. Ma guardate che insolenza: volersi tenere la refurtiva!
VALERIO
E voi la chiamate refurtiva?
ARPAGONE
Se la chiamo refurtiva? Un tesoro come quello!
VALERIO
È un tesoro, è vero, e senza dubbio il più prezioso che abbiate; ma lasciarmelo non vuol dire perderlo. Ve lo chiedo in ginocchio, questo tesoro pieno d'incanti; e se volete operare bene, dovete accordarmelo.
ARPAGONE
Non se ne fa niente. Ma sono cose da dire?
VALERIO
Ci siamo promessi reciproca fede, e abbiamo giurato che non ci separeremo mai.
ARPAGONE
Il giuramento è ammirevole, e la promessa davvero spassosa!
VALERIO
Sì, ci siamo impegnati: saremo per sempre l'uno dell'altro.
ARPAGONE
Ve lo impedirò, questo è certo.
VALERIO
Soltanto la morte ci potrà separare.
ARPAGONE
Assatanato davvero dietro il mio denaro.
VALERIO
Vi ho già detto, Signore, che non è l'interesse che mi ha spinto a fare quel che ho fatto. La forza che ha dato slancio al mio cuore non è quella che voi pensate, una ragione più nobile ha ispirato la mia risoluzione.
ARPAGONE
Sta' a vedere, adesso, che è per carità cristiana che vuole avere i miei soldi; provvederò io a ripristinare l'ordine; e la giustizia, delinquente svergognato, farà valere le mie ragioni.
VALERIO
Potete agire come volete, sono pronto a sopportare qualsiasi violenza; ma vi prego di credere, almeno, che se male vi è stato, soltanto me dovete accusare, e che vostra figlia in quanto è accaduto non ha la minima colpa.
ARPAGONE
Lo credo bene; sarebbe assurdo che mia figlia cadesse in una simile scelleratezza. Ma voglio recuperare la roba mia e tu devi confessare dove l'hai rapita.
VALERIO
Io? io non ho rapito nessuno, è rimasta in casa vostra.
ARPAGONE
Oh, la mia cara cassetta! Non è dunque uscita dalla casa?
VALERIO
No, Signore.
ARPAGONE
E dimmi un po': l'hai manomessa?
VALERIO
Io, manometterla? Ah! fate torto anche a lei, non solo a me; l'ardore che m'infiamma è puro e rispettoso.
ARPAGONE
Infiammarsi per la mia cassetta!
VALERIO
Preferirei morire che avere avuto per lei un pensiero oltraggioso: è troppo buona e troppo onesta.
ARPAGONE
La mia cassetta troppo onesta!
VALERIO
Tutti i miei desideri si sono limitati a godere della sua vista; e nulla di peccaminoso ha profanato la passione che i suoi begli occhi mi hanno ispirato.
ARPAGONE
I begli occhi della mia cassetta! Sembra un innamorato che parli della sua donna.
VALERIO
La signora Claudia, Signore, conosce la nostra storia, e può testimoniare...
ARPAGONE
Cosa? la mia domestica complice in questa vi-cenda?
VALERIO
Sì, Signore, è stata testimone delle nostre promesse; e solo dopo aver visto che la mia passione era onesta, mi ha aiutato a persuadere vostra figlia a ricambiare quella fedeltà che io le avevo giurato.
ARPAGONE
Eh? Vuoi vedere che la paura della giustizia sta facendolo farneticare? Che garbuglio stai combinando attorno a mia figlia?
VALERIO
Sto dicendo, Signore, che ho durato tutte le pene di questo mondo per convincere il suo pudore ad accettare l'amor mio.
ARPAGONE
Il pudore di chi?
VALERIO
Di vostra figlia; e soltanto ieri si è decisa a sottoscrivere la nostra reciproca promessa di matrimonio.
ARPAGONE
Mia figlia ha sottoscritto una promessa di matrimonio?
VALERIO
Sì, Signore, ed io dal canto mio ho fatto altrettanto.
ARPAGONE
Cielo! un'altra disgrazia!
MASTRO GIACOMO
Scrivete, Signore, scrivete.
ARPAGONE
Infinita sequela di mali! sventura s'aggiunge a sventura! Suvvia, Signore, fate il dover vostro, e lo si denunci per furto e seduzione.
VALERIO
Non merito queste accuse; e quando si saprà chi sono...
Scena IV
Elisa, Mariana, Frosina, Arpagone, Valerio, Mastro Giacomo, il Commissario, il suo Aiutante
ARPAGONE
Ah! figlia scellerata! figlia indegna di tanto padre! è in questo modo che metti in pratica i miei insegnamenti? Ti lasci vincere dall'amore per un infame ladro, e ti prometti a lui senza il mio consenso? Ma sarete delusi tutti e due. Quattro solide mura saranno il frutto della tua condotta; e un buon capestro risponderà della sua audacia.
VALERIO
Non sarà la vostra bramosia che giudicherà; mi si dovrà ascoltare, se non altro, prima di condannarmi.
ARPAGONE
Ho detto poco, parlando di capestro; sarai scorticato vivo sulla ruota.
ELISA (in ginocchio davanti al padre)
Ah! padre mio, abbiate sentimenti un poco più umani, vi prego, e non spingete il vostro potere di padre fino alla violenza più estrema. Non lasciatevi trasportare dal primo impeto della passione e prendetevi un po' di tempo per pensare a quel che intendete fare. Datevi il disturbo di considerare con più attenzione la persona che credete vi abbia offeso; è assai diversa da come appare ai vostri occhi; e giudicherete meno grave che io mi sia promessa a lui quando saprete che senza di lui non sarei più qui da tempo. Sì, padre mio, è lui che mi ha salvato dalle acque, quando corsi il pericolo che sapete, e a lui dovete la vita di questa vostra figlia che...
ARPAGONE
Non è questo che importa; sarebbe stato meglio per me che ti avesse lasciata annegare piuttosto che fare quel che ha fatto.
ELISA
Padre mio, vi scongiuro, per il vostro amore di padre, di...
ARPAGONE
No, non voglio sentire nulla; e la giustizia faccia il suo corso.
MASTRO GIACOMO
E quelle bastonate, me le pagherai.
FROSINA
Che incredibile guazzabuglio.
Scena V
Anselmo, Arpagone, Elisa, Mariana, Frosina, Valerio, Mastro Giacomo, il Commissario, il suo Aiutante
ANSELMO
Che sta succedendo, signor Arpagone? vi vedo stravolto.
ARPAGONE
Ah! signor Anselmo, vedete davanti a voi il più sventurato degli uomini; e non sapete gli ostacoli e gli imbrogli che si oppongono al contratto che venite a fare! Mi hanno ucciso nella proprietà, mi hanno ucciso nell'onore; e costui è un traditore, uno scellerato, che ha violato i più sacri diritti, che si è insinuato in casa mia sotto sembianza di domestico per derubarmi del mio denaro e per subornare la mia figliola.
VALERIO
Ma cos'è questa tiritera? chi ha mai pensato al vostro denaro?
ARPAGONE
Sì, hanno promesso di sposarsi. Questo è un affronto che vi tocca, signor Anselmo, e siete voi che lo dovete perseguire, e promuovere un'azione legale per punire la sua insolenza.
ANSELMO
Non ho nessuna intenzione di farmi sposare per forza, né di pretendere qualcosa da un cuore che si è già concesso; ma se si tratta di difendere i vostri interessi, lo faccio come se fossero i miei.
ARPAGONE
Questo Signore è un commissario galantuomo, che non tralascerà, mi ha detto, nessuna azione di sua competenza. Accusatelo ben bene, Signore, e fate in modo che il suo crimine sia gravissimo.
VALERIO
Non vedo quale crimine ci sia nella passione che ho per vostra figlia, né a quale pena io possa essere condannato per la promessa che ci siamo fatti, quando saprete chi sono...
ARPAGONE
Me ne infischio di queste fanfaluche; il mondo oggi è pieno di gente che rapina i titoli nobiliari, di impostori che traggono vantaggio dalla loro origine oscura e si ammantano con insolenza del primo nome illustre che viene loro a tiro.
VALERIO
Sappiate che non oserei mai farmi bello con ciò che non mi appartiene, e che tutta Napoli può testimoniare della mia nascita.
ANSELMO
Un momento! attento a quel che dite. Correte un rischio maggiore di quel che immaginate; state parlando a uno che a Napoli conosce tutti e che può facilmente veder chiaro nella storia che state raccontando.
VALERIO (mettendosi con fierezza il cappello)
Non ho nulla da temere e se voi conoscete Napoli saprete chi era don Tommaso d'Alburcy.
ANSELMO
Certo che lo so; e pochi lo hanno conosciuto meglio di me.
ARPAGONE
Io non mi preoccupo né di don Tommaso né di don Martino.
ANSELMO
Di grazia, lasciatelo parlare, sentiamo quel che ha da dire.
VALERIO
Questo ho da dire; che mi ha dato la vita.
ANSELMO
Lui?
VALERIO
Sì.
ANSELMO
Andiamo, non parlate sul serio. Inventate una storia che vi soccorra meglio e non pretendete di farla franca con questa impostura.
VALERIO
Pensate bene a quel che state dicendo. Non è un'impostura; non ricorro a niente che non mi sia agevole dimostrare.
ANSELMO
Come? avete il coraggio di dire che siete figlio di don Tommaso d'Alburcy?
VALERIO
Sì, ne ho il coraggio; e sono pronto a sostenere questa verità di fronte a chiunque.
ANSELMO
Inaudita improntitudine. Sappiate, a vostro disdoro, che la persona di cui parlate è scomparsa in mare non meno di sedici anni fa, assieme alla moglie e ai figli, nell'intento di salvarli dalle crudeli persecuzioni che hanno accompagnato i disordini di Napoli e che hanno costretto all'esilio tante nobili famiglie.
VALERIO
Certo; ma sappiate anche voi, a vostro disdoro, che suo figlio, che aveva allora sette anni, fu salvato dal naufragio assieme a un servitore da un galeone spagnolo e che questo figlio salvato è colui che vi sta parlando; sappiate che il comandante di questo galeone, commosso dalla mia sorte, fu preso per me d'amicizia; che mi fece allevare come se fossi figlio suo, e che l'esercizio delle armi mi occupò non appena fui in grado di usarle; che seppi in seguito che mio padre non era morto, come avevo sempre creduto, e che passando da queste parti per andare a cercarlo, vidi, per un'occasione apprestatami dal Cielo, l'incantevole Elisa; che l'averla vista mi rese schiavo della sua bellezza; che la forza dell'amor mio e la severità di suo padre mi fecero prendere la risoluzione di introdurmi nella sua casa e dimandare un'altra persona alla ricerca dei miei genitori.
ANSELMO
Ma quale altra prova, oltre alle vostre parole, ci può assicurare che la vostra non sia una favola che avete costruito sopra un fatto vero?
VALERIO
Il comandante spagnolo; un sigillo di rubini che apparteneva a mio padre; un braccialetto d'agata che mia madre mi aveva messo al braccio; il vecchio Pedro, il servitore che si salvò con me dal naufragio.
MARIANA
Oh, misericordia! alle vostre parole posso qui rispondere che la vostra non è millanteria; e tutto ciò che avete detto mi fa vedere chiaramente che voi siete mio fratello.
VALERIO
Voi, mia sorella?
MARIANA
Sì, non appena avete aperto bocca, il mio cuore è stato vinto dalla commozione; tante volte nostra madre, che sarà ora al colmo della felicità, mi ha parlato delle disgrazie della nostra famiglia. Anche a noi il Cielo ha concesso di non perire in quel triste naufragio; ma salvandoci la vita, ci ha fatto perdere la libertà; fummo raccolte dai corsari, io e la mamma, sopra un relitto del galeone. Dopo dieci anni di schiavitù, una felice circostanza ci restituì la libertà; tornammo a Napoli, dove ogni nostro bene era stato venduto, senza poter avere notizie di nostro padre. Passammo a Genova, dove la mamma raccolse qualche misero resto di un'eredità che era stata dilapidata, e di là, fuggendo la barbara ingiustizia dei suoi genitori, ella venne in queste terre, dove ha vissuto pressoché nell'indigenza.
ANSELMO
Cielo! con quali segni manifesti la tua potenza! e come chiaramente ci mostri che a te soltanto è dato fare miracoli! Abbracciatemi, figli miei, e unite la vostra gioia a quella di vostro padre.
VALERIO
Voi, voi nostro padre?
MARIANA
Voi, che mia madre ha tanto pianto?
ANSELMO
Sì, figlia mia, sì, figlio mio, io sono don Tommaso d'Alburcy, che il Cielo ha protetto dalle onde con tutto il denaro che aveva, e che avendovi creduti morti per oltre sedici anni, si preparava dopo lunghi viaggi a cercare nelle nozze con una dolce e buona fanciulla, le consolazioni di una nuova famiglia. Il mio ritorno a Napoli non mi avrebbe consentito, pensavo, un'esistenza sicura, e vi rinunciai per sempre; e avendo trovato la possibilità di vendere ciò che possedevo, ho preso qui stabile dimora col nome di Anselmo, volendo in tal modo allontanare da me il fastidio di quell'altro nome, che tanti guai mi ha procurato.
ARPAGONE
Quello è dunque vostro figlio?
ANSELMO
Sì.
ARPAGONE
Siete parte in causa, e mi dovete i diecimila scudi che mi ha rubato.
ANSELMO
Vi ha rubato? Lui?
ARPAGONE
Lui in persona.
VALERIO
Chi l'ha detto?
ARPAGONE
Mastro Giacomo.
VALERIO
Sei tu che lo dici?
MASTRO GIACOMO
Come vedete, non dico niente.
ARPAGONE
Sì, e il Signor Commissario qui presente ha raccolto la sua deposizione.
VALERIO
Potete credermi capace di un'azione tanto vile?
ARPAGONE
Capace o non capace, voglio avere indietro i miei soldi.
Scena VI
Cleante, Valerio, Mariana, Elisa, Frosina, Arpagone, Anselmo, Mastro Giacomo, Freccia, il Commissario, il suo Aiutante
CLEANTE
Non affliggetevi, padre mio, e non accusate nessuno. Ho scoperto alcune cose in argomento, e vengo a dirvi che se volete decidervi a lasciarmi sposare Mariana, il vostro denaro vi sarà restituito.
ARPAGONE
Dov'è?
CLEANTE
Non preoccupatevi: lo so io dov'è e ne rispondo; dipende solo da me. Siete voi che dovete dirmi quale risoluzione prendete; potete scegliere fra il concedermi Mariana e il perdere la cassetta.
ARPAGONE
Avete tolto nulla?
CLEANTE
Assolutamente nulla. Vedete un po' se è vostro intendimento sottoscrivere a questo matrimonio, e di aggiungere il vostro consenso a quello di sua madre, che le lascia la libertà di scegliere fra noi due.
MARIANA
Ma voi non sapete ancora che tale consenso non basta, e che il Cielo, assieme a un fratello che qui vedete, mi ha reso anche un padre; ed è a lui che dovete chiedermi.
ANSELMO
Il Cielo, figli miei, non mi restituisce a voi perché io mi opponga ai vostri desideri. Signor Arpagone, voi capite benissimo che la scelta di una giovane cadrà piuttosto sul figlio che sul padre. Su, non fatevi dire quel che non è necessario che sentiate, e date col mio il vostro consenso a queste doppie nozze.
ARPAGONE
È necessario, perché mi pronunci, ch'io veda la cassetta.
CLEANTE
La vedrete, integra e intatta.
ARPAGONE
Non ho denaro da dare ai miei figli per il loro matrimonio.
ANSELMO
Non importa, ce l'ho io per entrambi; ciò non deve inquietarvi.
ARPAGONE
Vi impegnereste a sostenere le spese dei due matrimoni?
ANSELMO
Sì, mi prendo l'impegno; siete soddisfatto?
ARPAGONE
Sì, purché per le nozze mi facciate fare anche un abito.
ANSELMO
D'accordo. Godiamoci ora l'allegrezza che questo giorno felice ci dispensa.
COMMISSARIO
Alto là! Signori, alto là! un po' di pazienza, per favore; chi mi paga per le scritture?
ARPAGONE
Non abbiamo niente a che fare, noi, con le vostre scritture.
COMMISSARIO
Certo! ma non ho nessuna intenzione di averle fatte per niente.
ARPAGONE
Per tutto compenso, vi consegno quest'uomo perché venga impiccato.
MASTRO GIACOMO
Ma insomma! che cosa si deve fare? Mi prendono a bastonate perché ho detto la verità, e vogliono impiccarmi perché ho mentito.
ANSELMO
Signor Arpagone, dobbiamo perdonargli questa impostura.
ARPAGONE
Pagherete voi il Commissario?
ANSELMO
Facciamo anche questa. Andiamo a partecipare a vostra madre la nostra gioia.
ARPAGONE
Ed io, corro a vedere l'amata cassetta.